samedi 22 octobre 2011

Autoportrait

Le matin suivant, je me levai de bonne heure et me regardai dans le miroir bien que ce ne soit pas un lundi. Mes yeux semblaient encore plus plissés qu'avant, comme s'ils attendaient avec impatience la position totalement close. 
Les poches de graisse avaient peut-être diminué - j'avais maigri au cours des derniers mois sans que j'y sois pour quoi que ce soit. 
Autour de ma taille, le temps s'était arrêté ou était reparti en arrière, mais partout ailleurs il fonçait de l'avant: les pores toujours plus profonds, du moins, quand je les regardais dans le miroir, les poils du nez toujours plus longs. 
Une peau de vieil homme en cours de dévelop­pement avec ces étranges marbrures rougeâtres.
Avant, tout cela me semblait insignifiant, car j'étais un autre, cet homme de trente ans que je gardais en mémoire. Le reste n'était que conjoncturel et ne remet­tait pas l'image en cause.
Peu à peu, il devint cependant de plus en plus difficile d'atteindre l'image originelle en moi. La surface visible, le reflet de plus en plus embarrassant, commençait à être mon véritable moi. Je n'avais peut-être pas cette apparence par hasard. Ceci était peut-être moi - ou ce qu'il en restait à présent que mon moi antérieur s'enfonçait de plus en plus profon­dément en moi et disparaissait.
Parfois, quand à la table de cuisine je me livrais à une introspection, je ne trouvais vraiment rien en moi. Pas même un sol en plaques métalliques au-dessus d'un subconscient inaccessible, avec un peu de lumière qui filtre par les interstices des ouvertures. Je laissais un cône de lumière gris cendre jouer sur une cave aban­donnée bien nettoyée, mais ne voyais que le sol qui est tout au fond, sans trappes ni interstices, sans rien qui soit dissimulé au-dessous. 
J'étais tout à fait normal, préparais à manger, pensais à Inger, pensais au Chas­seur, mais ce n'était que le moi quotidien qui fonction­nait en mode automatique. Il manquait quelque chose là-dessous alors que ça aurait dû être là chez un être humain.
Que ressentais-je dans ces moments-là? Un senti­ment de vide. Que tout au fond de moi et à l'extérieur il n'y avait finalement que le vide. Ce n'était même pas éprouvant ou effroyable, juste superficiel et insi­gnifiant. Je savais qu'il manquait quelque chose mais je ne le ressentais pas.
C'était peut-être la sagesse de la nature qui s'expri­mait ainsi. Ce que nous sommes vraiment va petit à petit être anéanti, pendant que nous pouvons encore le voir. Nous ne laisserons pas grand-chose derrière nous. La coquille d'un être, rien qui mérite qu'on s'y attarde, jusqu'à ce que, pour finir, nous partions d'ici et disparaissions.


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