mercredi 23 février 2011

Argent, enseignement et respect

    C'était une Jour­née propice, dernier vendredi du mois, jour de paie pour beaucoup, le terme d'une période de besoin qui survenait invariablement en fin de mois, quelle que fût l'attention attachée aux dépenses les vingt-cinq jours précédents. Les apprentis en étaient une bonne illustra­tion. 
Lorsqu'ils avaient commencé à travailler au Tlok­weng Road Speedy Motors, Mr. J.L.B. Matekoni les avait mis en garde : il convenait de gérer ses ressour­ces avec méticulosité. Il était tentant, avait-il reconnu, d'imaginer que l'on pouvait dépenser l'argent à l'ins­tant même où il parvenait entre vos mains.
- C'est très dangereux, avait-il expliqué. Beau­coup de gens ont le ventre plein les quinze premiers jours du mois, tandis que leur estomac crie famine les deux dernières semaines.
Charlie, l'aîné des apprentis, avait échangé un regard entendu avec son jeune collègue.
- Ça fait vingt-neuf jours, avait-il déclaré. Et les deux autres, patron ?
Mr. J.L.B. Matekoni avait soupiré, mais ne s'était pas départi de son calme.
- Ce n'est pas le problème, avait-il répondu.
Il serait aisé de perdre son sang-froid avec ces gar­çons, il le constatait, mais il fallait s'en garder. Il était leur maître d'apprentissage, ce qui signifiait qu'il devait se montrer patient. L'on ne parvenait à rien en s'énervant avec les jeunes. Se mettre en colère contre un jeune, c'était comme crier sur un animal sauvage : cela le faisait fuir.
- Ce qu'il faut faire, avait donc poursuivi Mr.J.L.B. Matekoni, c'est déterminer la somme dont vous avez besoin chaque semaine. Ensuite, vous dépo­sez tout votre argent à la poste, ou dans n'importe quel lieu sûr, et vous le retirez une fois par semaine.
Charlie avait souri.
- On peut toujours prendre un crédit, avait-il lancé. On peut acheter plein de choses à crédit. C'est moins cher.
Mr. J.L.B. Matekoni avait contemplé le jeune homme.
Par doit-on commencer ? s'était-il demandé. Comment fait-on pour combler les lacunes d'un jeune ? Il y avait tant d'ignorance en ce monde , d'innombrables hectares d'ignorance semblables à des zones d'obscurité sur une carte géographique. La com­battre revenait aux enseignants et c'était pourquoi ces derniers étaient si respectés au Botswana... Du moins l'étaient-ils jadis. Mr. J.L.B. Matekoni avait remarqué, depuis quelque temps, les gens, même jeunes, estimaient que les enseignants étaient des individus comme les autres. Mais pouvait-on apprendre quoi que ce fût si l'on ne respectait pas son professeur ? Respecter quelqu'un, c'était accepter de l'écouter et de tirer les enseignements de ses paroles. Les jeunes gens comme Charlie, pensait Mr. J.L.B. Matekoni, croyaient déjà tout savoir. Eh bien, soit ! Il tenterait, lui, de leur inculquer certaines choses en dépit de leur arrogance. 

________________________________________________________

Grace Makutsi et Mma Ramotswe n'ignoraient rien des fins de mois difficiles. 
Sur le plan financier, Mma Ramotswe avait toujours été nettement plus à l'aise que la moyenne, grâce au talent du défunt Obed Ramotswe (son père) pour repérer le beau bétail, mais elle savait la nécessité de comptabiliser chaque sou, lot quotidien de ceux qui l'entouraient.  
Rose, par exemple, la femme de ménage de la maison de Zebra Drive, n'avait pas le choix. Elle avait beaucoup d'enfants - Mma Ramotswe ignorait combien exactement - et ces enfants savaient ce que signifiait aller au lit le ventre creux, en dépit des efforts de leur mère. L'un d'eux, un petit garçon, peinait en outre à respirer, de sorte qu'il lui fallait des inhalateurs. Ceux-ci coûtaient cher, même avec l'aide de l'hôpital public. 
Et il y avait aussi Mma Makutsi elle-même, qui avait dû subvenir seule à ses besoins durant ses études à l'Institut de secrétariat du Botswana. Tous les jours, à l'aube, avant les cours, elle allait faire le ménage dans un hôtel. Cela n'avait pas dû être facile de se lever à quatre heures du matin, même l'hiver, lorsque les cieux étaient violemment vides (c'était ainsi qu'elle-même formulait les choses) du fait du froid, et le sol, dur sous les pieds. Toutefois, elle avait fait attention, économisé chaque thebe gagné et à présent, enfin, elle jouissait d'un certain niveau de confort avec sa maison (ou plutôt, sa moitié de maison, pour être précis), ses chaussures vertes à doublure bleu ciel et, bien sûr, son nouveau fiancé...


In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith 2007

Femmes et hommes

Est-ce que vous vous êtes aperçu à quel point il est rare qu'un amour échoue sur les qualités ou les défauts réels de la personne aimée ? [Jacques Lacan]            Extrait de Séminaire





Mma Makutsi a laissé croire à son fiancé, Phuti, qu'elle était féministe et elle s'inquiète maintenant.
"Mma Makutsi rentra chez elle de bonne heure cet après-midi-là. Elle expliqua à Mma Ramotswe qu'elle avait le repas de Phuti Radiphuti à préparer et qu'elle tenait à ce qu'il fût délicieux. Mma Ramotswe trouva l'idée excellente, ajoutant qu'il serait également judi­cieux de reparler du féminisme avec lui.
- Tranquillisez-le, conseilla-t-elle. Expliquez-lui que vous n'êtes pas de ces femmes qui ne le laisse­raient pas en paix une seconde. Que vous êtes quelqu'un de très traditionnel, dans le fond.
- Entendu, répondit Mma Makutsi. Je vais lui montrer qu'il n'a pas à s'inquiéter, que je ne serai pas là à le critiquer à longueur de journée.
Elle se tut et contempla Mma Ramotswe, qui lut alors sur son visage une pénible douleur. Aussitôt, la compassion envahit Mma Ramotswe. Pour elle, les choses étaient différentes : elle avait épousé Mr. J.L.B. Matekoni et se sentait en sécurité. Mais si Mma Makutsi perdait Phuti Radiphuti, elle n'aurait plus rien d'autre que la perspective d'un dur labeur pour le restant de ses jours, à tenter de subsister avec le maigre salaire qu'elle récoltait et le petit supplé­ment que lui rapportait l'École de dactylographie pour hommes du Kalahari. Cette école représentait une bonne source de revenus additionnels, mais l'obligeait à travailler si dur qu'il ne lui restait presque plus de temps pour se reposer.
     De retour chez elle, Mma Makutsi prépara le dîner avec le plus grand soin. Elle mit une grosse marmite de pommes de terre à bouillir et un épais ragoût de bœuf à mijoter, auquel elle ajouta carottes et oignons. Ce dernier dégageait un délicieux fumet ; elle y plon­gea l'index pour le goûter. Cela manquait un peu de sel, mais une fois l'assaisonnement rectifié, c'était par­fait. Elle s'installa alors pour attendre Phuti Radiphuti. Celui-ci arriverait à sept heures et il était six heures et demie, aussi feuilleta-t-elle un magazine, mais sans parvenir à se concentrer, durant la demi-heure restante.
À sept heures et demie, elle se posta à la fenêtre et, à huit heures, elle marcha jusqu'à la grille pour obser­ver la route. Il faisait chaud et l'air portait de lourdes odeurs de cuisine et de poussière. De la maison voisine parvenaient le bruit de la radio ainsi que des éclats de rire. Elle sentit le frôlement d'un insecte sur sa jambe.
Elle remonta l'allée jusqu'à la porte, entra, s'assit sur le sofa et fixa le plafond. Je suis une fille de Bobo­uong, se dit-elle. Je suis une fille de Bobonong avec (les lunettes. J'avais trouvé quelqu'un qui acceptait de m'épouser, quelqu'un de très gentil, mais je l'ai fait finir avec ma manie de parler à tort et à travers. Maintenant, je me retrouve de nouveau seule. Voilà l'his­toire de ma vie. L'histoire de Grace Makutsi."

In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith 2007

__________________________________________________________________________
Mma makutsi essaie maintenant de paraitre moins féministe car son fiancé Phuti Raphuti n'est pas venu manger chez elle la veille. Elle accompagne le mari de sa patronne dans le magasin de Phuti Raphuti.


Mma Makutsi, qui n'avait presque rien dit depuis l'arrivée de Phuti Radiphuti, prit la parole :
- Il est très important pour un homme d'être bien assis, annonça-t-elle. Avec toutes les décisions importantes qu'ils ont à prendre, les hommes doivent avoir de bons fauteuils dans lesquels réfléchir. C'est en tout cas ce que j'ai toujours pensé.
Cette déclaration faite, elle jeta un coup d'oeil à la dérobée à Phuti Radiphuti, puis regarda ses chaussu­res. Elle s'attendait presque à voir celles-ci la contredire, lui reprocher cette soudaine entorse à ses convictions profondes, selon lesquelles c'étaient les hommes qui prenaient les décisions importantes pour les hommes, de façon subtile et sans rien en laisser paraître. Elle avait eu d'innombrables conversations avec Mma Ramotswe (sa patronne) sur ce point, et les deux femmes étaient toujours tombées d'accord. Et voilà qu'à présent elle suggérait lâchement que c'étaient les hommes qui, assis dans de confortables fauteuils, dis­posaient en maîtres de leurs choix.  Elle fixa un bon moment ses chaussures, qui gardèrent le silence, abasourdies, sans doute, par la soudaineté de sa volte­face.
Phuti Radiphuti regardait Mma Makutsi, souriant comme un homme qui vient de faire une découverte agréable.
- C'est vrai, dit-il. Mais tout le monde a droit à un bon fauteuil. Les femmes également. Elles aussi doivent réfléchir à beaucoup de choses importantes.
Mma Makutsi fut prompte à acquiescer.
- Oui, mais même si tu me trouves peut-être un peu vieux jeu, j'ai toujours pensé que les hommes sont particulièrement importants. C’est comme ça que j’ai été élevée, je n’y peux rien, tu comprends…
Le sourire de Phuti Raphuti parut s’élargir encore à cette remarque.
-        J’espère que tu n’es pas trop traditionnelle dans tes idées, tout de même, dit-il. Les hommes modernes n’aiment pas tellement ça. Ils apprécient que leur épouse ait son propre point de vue.
-Oh, j'ai mes idées, c'est sûr ! affirma Mma Makutsi en toute hâte. Je ne suis pas du genre à lais­ser les autres réfléchir à ma place.
- C'est b... b... bien, répondit Phuti Radiphuti.

In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith 2007



 

lundi 21 février 2011

Les compagnies aériennes interdites en Europe

A consulter avant d'embarquer ou payer un billet :
 http://ec.europa.eu/transport/air-ban/list_fr.htm
Mes blogs sont accessibles dans la barre au dessus.
Mes messages sont effacés au bout de quelques jours

J'ai un beau-frère dentiste qui partage un cabinet avec sa femme psy . Le petit a fait école d'ingénieur à Taiwan. Les parents sont sarkozystes depuis qu'ils ont du fric et le petit a eu un contrat de travail avec la SNCF.
Etrange de choisir une boite publique?
Non : la SNCF lui paye une formation supplémentaire en école de commerce à Lyon car le petit ne se juge pas assez formé en commercial.
Et le petit n a pas d'obligation de fidélité pour la suite.
Elle est pas sympa avec le privé la fonction publique?

Alain LACOUR