samedi 19 novembre 2011

Ellroy, Burke, Rendell... toujours d'attaque

Il y a des auteurs qu'on a adoré, dont on a attendu les sorties puis qui connaissent aujourd'hui notre désamour. Ils ont changé (ou pas), leurs histoires semblent caricaturales ou leurs personnages ne nous intéressent plus.
Le monde a changé autour d'eux et nous, nous avons d'autres attentes, nous affinons notre jugement... Les raisons sont nombreuses et variées.
D'autres nous ont lassé mais nous les retrouvons parfois plus tard avec plaisir : en ce qui me concerne, c'est le cas de James Ellroy et James Lee Burke.



James Ellroy a été mon coup de foudre dès le premier bouquin bien entamé, dans les eighties. Même ses œuvres moins connues de l'époque (Un tueur sur la route, par exemple) m'emballaient.
Et puis, le propre personnage de l'auteur a un peu pris l'ascendant sur ses héros. Nouvelles, autobiographie romancée, enquête sur des faists divers marquants de son enfance... les livres se sont succédés, manquant cruellement de l'énergie des premières parutions.
J'ai retenté récemment ma chance avec "Tijuana Mon Amour" annoncé comme réunissant articles de journaux et nouvelles (méfiance!).
Pourtant, le souffle est de retour, les récits de nouveau hallucinés  dans les deux recueils de nouvelles : 100 pages sur Danny getchell, le reporter mythique de L'Indiscret et 150 pages sur le flic Rick amoureux de Donna la Star...
Mon avis : du bon Ellroy, enfin !

James Lee Burke m'avait un peu lassé au fil du temps également : son personnage d'alcoolique repenti droit dans ses bottes, ses principes émouvants sur la rédemption, la façon d'élever les enfants ou de gérer les conflits raciaux en Louisiane... Tout ceci tournait un peu en rond, peut-être à cause de mon habitude de lire, quand je l'apprécie,  tout ce qu'un auteur a sorti.
Après le film réalisé par Tavernier, je suis tombé par hasard sur "La descente de Pegase" chez Rivage, paru en 2010 en France. Dave Robicheaux, l'ex flic redevenu flic, a fermé son ponton de pêche, envoyé sa fille adoptive en université... Du neuf dans la famille. Toujours, partagé entre les truands avec qui il a des rapports conflictuels et son ami de longue date qui semble s'amouracher d'une aventurière équivoque, il travaille maintenant sous les ordres d'une supérieure lesbienne et les principaux problèmes viendront de la nouvelle génération de  "fils de " gangsters ou hommes politiques. Tout finit par changer, même en Louisiane.
Pas de chapitre sur La Nouvelle Orléans et ce qu'elle est devenue depuis Katrina, rien sur Alafair qui est juste "à la fac", rien sur l'ancien employé qui gérait la boutique de pêche et peu de choses sur sa nouvelle compagne, une ex religieuse. Comme le dit la 4ème de couverture, "Dave Robicheaux a tourné quelques pages".
Mon Avis : Le roman est de bonne tenue, agréable à lire; Un bon passe-temps, une ambiance du sud agréable à retrouver même si elle perd irrémédiablement son identité.

A Ruth Rendell, je n'ai rien à reprocher, si ce n'est de ne pas être assez connue en France et moins présente qu'Ellroy ou Burke dans les rayons des libraires ou des bibliothèques.
Tous ses bouquins m'ont toujours paru intéressants, qu'il mettent en scène son inspecteur Wexford ou non.
Certains des livres débutent en montrant des personnages peu excitants, avec des questionnements
ordinaires ou au contraire semblant relever de la psychiatrie car, en dehors des enquêtes de son inspecteur Wexford qui apparait en 1964 et ressemble pourtant déja beaucoup à notre Barnaby des années 2000, Ruth Rendell évite le milieu policier et les enquêtes à résoudre.
A-t-elle créé un personnage sympathique, telles Jessica Fletcher ou Miss Marple, qui ne peuvent faire un pas hors de chez elle sans tomber sur un crime? Même pas !
Sans inspecteur de Police, sans héros stéréotypé, Rendell nous fait connaître des personnages de la classe moyenne britannique, des SDF, des adolescents largués, des petits lords... et elle nous conduit ensuite dans leurs interrogations, leurs hésitations...
Mais des retournements de situations, il y en a et les personnages qu'on croyait connaitre  au départ nous montreront combien il est facile de se laisser séduire par les apparences!
Les plus sûrs d'eux connaitrons parfois la déchéance ou une fin sanglante. Le paranoïaque sera peut-être sauvé par sa maladie.
Un peu comme dans certains Almodovar, une action qui apparait vouée à l'échec aura une fin heureuse et inversement.
A noter que ses personnages féminins sont formidables dans leurs diversités et échappent aux stéréotypes habituellement rencontrés. On en apprendra tellement sur elles au fil des pages!
Ma dernière lecture de Ruth Rendell est "Et l'eau devint sang" (Water's lovely = l'eau est bonne en version originale, plus approprié!) et c'est une réussite pour celle ou celui qui accepte de donner aux personnages la possibilité de se faire connaître.
Même en re-situant l'histoire en 2005, le lecteur aura bien du mal à anticiper quelle destinée Ruth
Rendell  infligera à plusieurs de ses personnages.

Mon avis : Excellent !
Mes préférés : Le petit été de la Saint Luc , Le journal d'Asta
Les enquêtes de l'inspecteur Wexford :  Simisola, Le petit été de la Saint Luc(1971)
 Note : Ruth Rendell publie aussi en anglais sous le nom de Barbara Vine (les titres anglais de ce pseudonyme se trouve en Français sous le nom de Rendell...)

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