lundi 26 mars 2012

Moonlight Mile / Dennis LEHANE / roman

"L'air était inhabituellement doux en ce bel après-midi de début décembre quand Brandon Trescott est sorti du spa du Chatham Bars Inn, à Cape Cod, pour monter dans un taxi. Une fâcheuse succession d'arrestations pour conduite en état d'ivresse lui ayant coûté le droit de prendre le volant dans l'État du Massachusetts pen­dant encore trente-trois mois, il se déplaçait toujours en taxi. À vingt-cinq ans, pourvu d'une solide rente depuis sa naissance, ce rejeton d'une magistrate de la Cour suprême et d'un magnat des médias locaux ne se conten­tait pas d'être un banal petit con de gosse de riches ; il battait tous les records dans sa catégorie. Lorsque les autorités lui avaient finalement retiré son permis, il en était à sa quatrième infraction pour conduite en état d'ivresse. Les deux premières s'étaient soldées par une amende pour excès de vitesse, la troisième lui avait valu un sévère rappel à l'ordre, mais la quatrième avait donné lieu à une action en justice car elle avait occasionné des blessures sur une personne autre que le conducteur, qui s'en était tiré sans une égratignure.
En cette journée hivernale où le thermomètre indi­quait un peu moins de cinq degrés, Brandon portait un sweat-shirt à capuche griffé, avec effet taché et délavé, valant bien neuf cents dollars, sur un T-shirt blanc en soie au col déformé par une paire de lunettes noires qui devait aller chercher dans les six cents. Quant à son bermuda, il s'ornait de fines déchirures - la touche finale obligeamment apportée par un gamin indonésien payé une misère pour sa peine. Chaussé de tongs malgré la température, Brandon arborait avec nonchalance une belle tignasse blonde de surfeur dont quelques mèches rebelles s'obstinaient à lui retomber devant les yeux pour un effet des plus charmants.
Un soir, après avoir bu comme un trou au Crown Royal, il avait retourné sa Dodge Viper en revenant de Foxwoods avec sa petite amie. Celle-ci ne l'était que depuis deux semaines, et il y avait peu de chances pour qu'elle puisse redevenir un jour la petite amie de quel­qu'un : la jeune Ashten Mayles se trouvait dans un état végétatif permanent depuis que le toit de la voiture lui avait broyé le sommet du crâne. L'une des dernières choses qu'elle avait tenté de faire quand elle avait encore l'usage de ses bras et de ses jambes, c'était de prendre ses clés à Brandon sur le parking du casino. D'après les témoins, il avait répondu à ses inquiétudes en expédiant vers elle sa cigarette allumée.
Sans doute pour la première fois de sa vie, Brandon Trescott avait eu un aperçu des conséquences de ses actes quand les parents d'Ashten, qui ne roulaient pas sur l'or mais comptaient pas mal de relations politiques, avaient décidé de tout mettre en œuvre pour s'assurer que le responsable paye le prix de ses erreurs. D'où les poursuites intentées par le procureur du Suffolk pour conduite en état d'ivresse et mise en danger de la vie d'autrui. À aucun moment pendant le procès, Brandon ne s'était départi de son air scandalisé, comme s'il ne concevait pas qu'on puisse le tenir pour personnellement responsable de quoi que ce soit. Pour finir, il avait été reconnu coupable et condamné à quatre mois d'assigna­tion à résidence. Dans une résidence vraiment chouette.
Au cours du procès civil qui avait suivi, il était apparu que le rejeton rentier se trouvait fort dépourvu. Il n'avait pas de rente, pas de voiture non plus, ni de maison. Pour autant qu'on puisse en juger, il n'avait même pas un iPod. Rien n'était à son nom. Oh, il y avait eu des choses à son nom, mais comme par hasard il les avait cédées à ses parents vingt-quatre heures avant l'acci­dent. C'était ce « avant » qui révoltait tout le monde, sauf qu'il n'y avait pas moyen d'apporter la preuve du contraire. Quand le jury du tribunal civil avait accordé aux Mayles sept millions et demi de dollars de dommages et intérêts, Brandon Trescott s'était borné à retourner ses poches vides en haussant les épaules.
J'avais une liste de toutes ces choses que Brandon possédait autrefois et dont il n'avait plus le droit de se servir. L'usage des choses en question, avait précisé le tribunal, ne relèverait pas seulement de l'apparence de la propriété mais de la propriété de fait. Lorsque les Trescott avaient tenté de contester la définition même de « propriété » donnée par la cour, les journalistes leur étaient tombés dessus à bras raccourcis, et le tollé général avait retenti avec une force capable de ramener vers la côte les bateaux égarés en pleine nuit dans le brouillard ; sous la pression, ils avaient fini par accepter les termes du marché.
Le lendemain, comme en un magistral bras d'honneur adressé à la fois aux Mayles et aux voix sonores de la populace, Layton et Susan Trescott avaient offert à leur fils un appartement à Harwich Port, les avocats des Mayles n'ayant pas mentionné dans l'accord les gains à venir ou les futures possessions. Et c'est justement en direction d'Harwich Port que je suivais Brandon en ce début d'après-midi du mois de décembre.
Son appartement puait le moisi, la moquette impré­gnée de bière et les restes de nourriture abandonnés dans l'évier sur des assiettes encroûtées. Je le savais pour y être entré à deux reprises afin de poser des mouchards, de récupérer les mots de passe sur son ordinateur, et plus généralement de faire tout le boulot du parfait fouille-merde que les clients sont prêts à payer une for­tune du moment qu'ils peuvent prétendre ne rien savoir de ses activités. J'avais consulté les rares documents que j'avais pu trouver, mais sans découvrir la moindre trace de comptes bancaires dont nous aurions ignoré l'existence ou de relevés de situation qui n'auraient pas été communiqués. L'exploration minutieuse de ses fichiers informatiques ne m'en avait guère révélé plus : rien que de grandes tirades auto complaisantes adressées à ses ex-copains d'université et quelques brouillons de lettres pathétiques, bourrées de fautes, en attente d'être envoyées à diverses rédactions. Il se rendait sur des tas de sites porno ou de jeux en ligne et lisait tous les articles écrits sur lui.
Quand le taxi l'a déposé devant l'immeuble, j'ai sorti de la boîte à gants mon magnétophone numérique. Le jour où je m'étais introduit chez Brandon pour pirater son ordinateur, j'avais également placé un premier émetteur radio pas plus gros qu'un grain de sel sous sa console de jeu et un second dans sa chambre. Je l'ai entendu pousser toute une série de petits grognements tandis qu'il se préparait à prendre une douche, puis je l'ai écouté passer sous le jet, s'essuyer, se rhabiller, se servir un verre, allumer son téléviseur à écran plat, s'ar­rêter sur une émission de téléréalité débile réunissant des décérébrés et s'installer sur le canapé pour se gratter à son aise.
Je me suis donné deux bonnes claques sur les joues afin de me réveiller avant de feuilleter le journal que j'avais abandonné sur le siège passager. On prévoyait une nouvelle hausse du chômage. Un chien avait réussi à sauver ses maîtres d'un incendie à Randolph alors que, tout juste opéré de la hanche, il avait les pattes arrière immobilisées dans une sorte de fauteuil roulant pour toutous éclopés. Le boss de la mafia russe locale était poursuivi pour conduite en état d'ivresse après avoir échoué sa Porsche sur la plage de Tinean à marée haute. Les Bruins avaient remporté une victoire dans un sport qui me rendait somnolent quand je le regardais à la télé, et un troisième base de la Major League au cou de taureau avait réagi avec la plus vive indignation quand on l'avait interrogé sur son éventuelle utilisation de stéroïdes.
La sonnerie du mobile de Brandon m'a interrompu dans ma lecture. Il s'est entretenu avec un gars qu'il n'arrêtait pas d'appeler « mon pelo », sauf qu'il pronon­çait « peleuh ». Ils ont parlé de World of Warcraft et de Fallout 4 sur PS2, des rappeurs Lil Wayne et T.I., et aussi d'une nana qu'ils connaissaient du club de gym et dont la page Facebook mentionnait toutes les séances d'exercice qu'elle s'imposait sur sa Wii alors qu'elle habitait - « sérieux, je te jure » - en face d'un parc, et j'ai regardé par la vitre avec l'impression d'avoir vieilli. 
Ce sentiment-là me venait de plus en plus souvent, depuis quelque temps, sans pour autant me plonger dans la tristesse. Si c'est tout ce que les jeunes d'aujourd'hui savaient faire de leurs vingt ans, je les leur laissais volontiers. Leurs trente ans aussi, d'ailleurs. J'ai incliné mon siège vers l'arrière et fermé les yeux. Au bout d'un moment, Brandon et son « peleuh » ont pris congé :
- Bon, ben, gaffe à toi, mon peleuh.
-- Pareil pour toi, mec. Pareil.
- Hé, peleuh...
- Quoi ?
- Non, rien. J'ai oublié. Fais chier. 
- Quoi ?
- D'oublier des trucs.
- Sûr.
- Allez, à plus.
- Ouais, à plus.
Sur ce, ils ont raccroché.
J'ai cherché des raisons de ne pas me tirer une balle dans le crâne. J'en ai rapidement trouvé deux ou trois dizaines ; pour autant, je n'étais pas certain de pouvoir endurer de nouvelles conversations entre Brandon et un de ses « peleuhs ».
Pour Dominique, c'était une tout autre histoire. Domi­nique était une prostituée haut de gamme entrée dans la vie de Brandon dix jours plus tôt par l'intermédiaire de Facebook. Ce premier soir, ils avaient tchaté pendant deux heures. Depuis, ils s'étaient parlé trois fois sur Skype. Dominique avait gardé tous ses vêtements mais s'était lancée dans des descriptions débridées de ce qui arriverait si a) elle daignait coucher avec lui et b) il réussissait à se procurer la confortable liasse de billets nécessaire à la concrétisation d'une telle éventualité. L'avant-veille, ils avaient échangé leurs numéros de portable. Et ce jour-là, Dieu soit loué, elle lui a passé un coup de fil trente secondes à peine après le « peleuh ». Exemple de la manière dont cet abruti répondait au téléphone :
Brandon : Ouais, quoi ?  (Véridique. Et il y avait encore des gens pour l'appeler ... )
Dominique : Salut.
Brandon : Hé, salut ! Merde. Hé ! T'es dans le coin ? Dominique : J'y serai bientôt.
Brandon : Super, t'as qu'à faire un saut ici, alors.
Dominique ; T'as déjà oublié notre petite conversa­tion sur Skype ? Je ne coucherais pas avec toi dans cette décharge même en combinaison de protection.
Brandon : Alors ça y est, tu t'es enfin décidée à cou­cher avec moi ? Merde, j'avais encore jamais rencontré de pute qui choisissait ses clients.
Dominique : T'en avais déjà rencontré une qui avait ma classe ?
Brandon : Ça non. Sans compter que t'as, quoi, presque l'âge de ma mère. Pourtant, merde, t'es la meuf la plus canon que...
Dominique : T'es chou. Mais que les choses soient claires : je ne suis pas une pute, je suis une prestataire de services charnels.
Brandon : Waouh ! Je sais même pas dans quelle langue tu me parles.
Dominique : Tu m'en diras tant. Bon, file vendre une SICAV, encaisser un chèque ou je ne sais quoi, et rejoins-moi.
Brandon : Quand ?
Dominique : Maintenant.
Brandon : Là, tout de suite ?
Dominique : C'est ça, tout de suite. Je suis en ville juste pour l'après-midi. Il n'est pas question que j'aille
à l'hôtel, alors t'as intérêt à trouver une autre solution, et vite, parce que je n'attendrai pas longtemps. Brandon : Même pas dans un hôtel superchic ? Dominique : Je vais raccrocher. Brandon : Non, tu...
Elle a coupé la communication.
Brandon a pesté. Expédié sa télécommande contre le mur. Balancé un coup de pied dans un truc.
- Qu'est-ce que tu crois, que c'est la première et dernière pute surtarifée que tu croiseras dans ta vie ?
Tu sais quoi, mon peleuh ? Des comme elle, tu peux t'en payer treize à la douzaine. Avec de la poudre en prime. Suffit d'aller à Vegas.
Oui, il se donnait à lui-même du « peleuh ».
Son téléphone a de nouveau sonné. Il avait dû l'en­voyer valdinguer quelque part en même temps que la télécommande, car la sonnerie me paraissait assourdie, et j'ai distingué des bruits dans la pièce me laissant supposer que Brandon retournait tout pour le retrouver. Quand il a enfin mis la main dessus, le combiné s'était tu.
- Fais chier !
Il avait crié tellement fort que si ma vitre avait été ouverte, je l'aurais sans doute entendu de la voiture.
Il s'est écoulé encore trente secondes avant qu'il se mette à prier.
- Écoute, mon peleuh, c'est vrai, j'ai déconné grave, mais si elle rappelle, je te promets que j'irai à l'église fourrer tout un tas de billets verts dans un de ces petits paniers. Et que je serai sage comme une image. Allez, peleuh, fais qu'elle rappelle.
Oui, il avait aussi donné du « peleuh » à Dieu. Deux fois.
Le combiné avait à peine éructé une première son­nerie que Brandon soulevait le clapet. 
- Ouais ?
- C'est ta seule chance.
- Je sais.
- Indique-moi une adresse. 
- Merde. Je...
- OK, je raccro...
- 773 Marlborough Street, entre Dartmouth Street et Exeter Street.
- Quel bâtiment?
- T'inquiète, tout est à moi.
- J'y serai dans quatre-vingt-dix minutes.
- Attends ! s'est-il exclamé. Comment veux-tu que je fasse pour avoir un taxi tout de suite ? En plus, ce
sera bientôt l'heure de pointe.
- Alors vole, mon chou, vole ! Rendez-vous dans quatre-vingt-dix minutes, pas une de plus. Sinon, adieu.
La voiture était une Aston Martin DB9 de 2009, un joujou qui valait bien deux cent mille dollars. Quand Brandon l'a sortie du garage deux maisons plus loin, je l'ai cochée sur la liste posée à côté de moi. Lui, je l'ai photographié cinq fois au volant tandis qu'il attendait une occasion de s'insérer dans le flot de la circulation.
Lorsqu'il a démarré en trombe comme s'il voulait se propulser vers la Voie lactée, je n'ai même pas essayé de le prendre en chasse. À la façon dont il louvoyait d'une file à l'autre, même un empoté de première tel que lui n'aurait pas tardé à se rendre compte que je lui collais au train. Sans compter que je n'avais pas besoin de le suivre : non seulement je savais où il allait, mais je connaissais un raccourci.
Il est arrivé à destination quatre-vingt-neuf minutes exactement après le coup de téléphone de Dominique. Il s'est rué dans l'escalier, et j'ai encore pris quelques clichés au moment où il déverrouillait la porte. Il a ensuite grimpé quatre à quatre les marches à l'intérieur sans remarquer que je lui avais emboîté le pas. Je me tenais à environ cinq mètres de lui, mais il était telle­ment survolté qu'il lui a fallu deux bonnes minutes pour s'apercevoir de ma présence. Dans la cuisine, au pre­mier, il a commencé par ouvrir le frigo avant de se retourner en entendant le déclencheur de mon SLR, puis de s'adosser à la haute fenêtre derrière lui.
- T'es qui, toi, putain ?
- Bah, c'est pas le problème.
- T'es un paparazzi ?
- Qu'est-ce que les paparazzi en auraient à cirer d'un branleur comme toi ?
Je l'ai de nouveau mitraillé.
Il a légèrement reculé pour mieux me jauger. Ayant déjà surmonté la peur suscitée par l'irruption d'un inconnu dans sa cuisine, il abordait l'étape suivante : l'évaluation du risque.
- T'es pas tellement costaud... (Il a redressé sa tête de surfeur.) Je pourrais te foutre dehors sans problème.
- Je ne suis pas costaud, c'est vrai, mais je te garantis que tu ne me foutras pas dehors. (J'ai baissé mon appa­reil.) T'as des doutes ? Alors regarde-moi bien dans les yeux.
Il s'est exécuté.
- Tu vois ce que je veux dire ?
En guise de réponse, il s'est fendu d'un hochement de tête à peine perceptible.
J'ai passé sur mon épaule la lanière de mon appareil
avant d'adresser à Brandon un petit signe de la main. - J'allais partir, de toute façon. Alors bonne journée,
et tâche de ne plus bousiller le cerveau de personne.
- Qu'est-ce que tu vas faire de ces photos ?
Les mots m'ont brisé le coeur en même temps que je les énonçais :
- En gros, rien.
Brandon a paru tomber des nues, ce qui semblait assez courant chez lui.
- Tu bosses pour les Mayles, c'est ça ?
J'ai achevé de réduire mon cœur en charpie.
- Non. (J'ai soupiré.) Pour Duhamel & Standiford. 
- C'est quoi, un cabinet d'avocats ? J'ai esquissé un geste de dénégation.
- Une agence de sécurité, spécialisée dans les recherches et investigations.
La bouche ouverte, les yeux plissés, il me dévisageait toujours.
- Ce sont tes parents qui nous ont engagés, crétin. Ils étaient persuadés que tu finirais par faire une connerie parce que, eh bien, t'es qu'un con, Brandon. Ta petite démonstration d'aujourd'hui devrait confirmer leurs craintes.
- Hé, je suis pas un con ! La preuve, je suis allé à Boston College.
J'aurais pu lui balancer une bonne dizaine de vannes, au lieu de quoi j'ai senti un frisson de lassitude me parcourir tout entier.
C'était ça, ma vie, aujourd'hui. Mon lot quotidien. J'ai quitté la cuisine.
- Bonne chance, Brandon. (Parvenu à mi-hauteur de l'escalier, je me suis arrêté.) Au fait, Dominique ne viendra pas.
Je me suis retourné et, le coude appuyé sur la rampe, j'ai ajouté :
- Et Dominique, ce n'est pas son vrai nom.
Ses tongs ont claqué sur le plancher avec un petit
bruit de baiser mouillé quand il s'est avancé jusqu'à l'encadrement de la porte au-dessus de moi.
- Qu'est-ce que t'en sais, d'abord ?
- Elle bosse pour moi, tête de noeud."





Tout ceci n'est que la pré-séquence, l'introduction de "Moonlight Mile " de Dennis Lehane et on se dit que l'auteur dépeint un  enquêteur qui semble avoir réussi son coup et qui devrait en être remercié : il n'en sera rien ... 
Dennis Lehane (Shutter Island, Mystic River...) fait ici appel au personnage de très jeune enquêteur de "Gone, baby, gone" que l'on retrouve 12 ans plus tard.  Or, bien que ses enquêtes soient couronnées de succès,  il a de plus en plus de mal à comprendre le monde dans lequel il vit et à voir reconnus ses résultats professionnels car les formes comptent davantage que les capacités dans la société américaine de 2011. 

On se rappelle que, dans "Gone, baby, gone", il avait retrouvé la jeune disparue même s' il s'était avéré que les méchants n'étaient pas ceux que l'on croyait et qu'un kidnapping n'est pas toujours réalisé pour de mauvaises raisons.
Aujourd'hui, il ne faut pas seulement être efficace et professionnel mais aussi adopter un ton obséquieux et déférent en tendant la main au moment d'être rétribué, ne pas dire de gros mot en arrêtant un assassin, sourire en face de l'injure, encaisser sans tiquer les mensonges éhontés proférés par les puissants et travailler dur dans l'attente d'une offre de partenariat sans cesse repoussée à demain par le patron.

Alors, quand cette affaire vieille de douze ans connaitra un tardif rebondissement et leur sera de nouveau proposée, Patrick et Angie n'auront d'autre choix que de repartir à zéro sur cette histoire qui promet si peu.
Il en est de même du roman qui n'est pas une démonstration de maitrise comme a pu l'être "Shutter Island" mais plutôt un moyen pour l'auteur de nous narrer une assez bonne histoire en l'enrichissant largement de points de vue sur l'Amérique libérale d'aujourd'hui et donc de notre futur proche européen, des évidences que chacun semble découvrir quand il est trop tard, des lois qui excluent les sentiments... Un moyen également de (re)découvrir une belle relation de couple  avec les deux personnages qui ont aujourd'hui charge de famille.
Un joli retournement en fin de roman, mais plutôt classique, avouons-le.

Moonlight Mile
2010/2011 Dennis Lehane
Rivages Thriller  - Payot
Paru  mai 2011

ISBN  : 978-2-7436-2227-5
EAN  : 9782743622275
Nb. de pages : 380 pages
20 euros

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