jeudi 24 mai 2012

Europa Blues - Arne DAHL - Roman

L'Europe n'en finit pas de s'examiner, s'ausculter, se souvenir.
Et ce n'est pas surprenant tant notre histoire récente recèle de sujets qui interpellent un auteur ou donnent des idées de scénarii.
Mais comment agencer différentes histoires d'hier et aujourd'hui en un roman policier qui tient du thriller, du roman historique, de la chronique de moeurs.
Europa Blues a mis plus de 10 ans pour être traduit du suédois par Rémi Cassaigne pour paraitre dans les Policiers Seuil.  Sommes nous ici encore dans la bulle nordique qui fait que tout auteur proche du cercle polaire connait aujourd'hui une possibilité de s'exporter et d'être traduit, quitte à nous faire avaler de peu enthousiasmantes productions comme je l'ai constaté récemment ici même?
Pas de ça chez Arne DAHL !
La première partie nous fait, comme souvent, entrer dans la vie d'un groupe de policiers suédois. Cette fois, c'est une brigade qui se spécialise sur les affaires ayant une dimension internationale. danger :  un auteur nordique, une section spéciale qui échapperait au regard critique du lecteur averti... une façon habile de raconter n'importe quoi?
Il n'en est rien et c'est une heureuse surprise.
Les personnages sont parfaitement décrits et suivis, chacun ayant la possibilité de vivre dans cette intrigue. Les scènes  et dialogues sont exemptes de stéréotypes. L'humour est léger, les sentiments suggérés, les rapports de force raisonnables. C'est la première partie du roman qui se déroule en Suède, le moment où des événements tragiques de types différents semblent néanmoins avoir finalement des points communs.
Puis  une recherche auprès des collègues étrangers par l'intermédiaire d'Europol va étendre petit à petit l'étendue de la vision de l'affaire. Les ramifications sont nombreuses et, non, ce n'est pas gràce à des tests ADN réalisés en quelques minutes, des jumelles à vision nocturne ou des observations satellite que nous voyons l'intrigue s'enrichir : il y a ici un vrai travail d'enquête, des dialogues humains, des erreurs et des succès.
Dans l'espace  de la Toscane à l'Ukraine ou à la Pologne, dans le temps en remontant à nos passés glauques pendant le temps des guerres nationalistes contre les soviétiques ou les nazis, dans l'humain quand certains devront réviser l'opinion qu'ils avaient de leurs aïeux... Pourront-ils dire toute la vérité à leurs proches ou choisiront-ils de les protéger d'un mensonge?

C'est un formidable roman qui nous laisse parfois entrevoir une partie de la vérité mais nous réservera quelques surprises. De plus, l'auteur sait amener son intrigue dans une prose que ne gâte pas la traduction en français, faisant parvenir "en l'état" un témoignage écrit d'un témoin du passé sous forme d'un journal de captivité. La violence ne se nourrit pas d'elle-même au fil des pages, les sentiments se racontent avec pudeur, la grande histoire ne tue pas la petite, les enfants bruns et les enfants blonds jouent ensemble dans le jardin toscan...
Un très bon moment de lecture qui se termine sur une note d'espoir.



 D'autres avis :

Fiche détaillée : Europa blues

Auteur Arne Dahl
Editeur Seuil
Date de parution 09/02/2012
Collection Seuil Policiers
ISBN 2020927667
prix :   21€50
présent en bibliothèques de prêt. 
pour lecteur adulte.



mercredi 23 mai 2012

Tout le monde sur le même wifi en voyage avec Connectify

Les voyages et vacances, surtout à l'étranger, mettent à rude épreuve la sagacité de ceux qui voyagent à plusieurs et veulent accéder au wifi. Abonnements liés à un seul appareil, tarif exorbitants qu'on ne peut partager...
  • Dans un couple ou un groupe, il est bien rare en France que l'un des participants n'ait pas un hotspot wifi compatible avec ses abonnements et en faire profiter les autres est bien sympathique. 
  • En Europe, nombreux sont les pays équipés principalement en réseaux " non protégés" , autrement dit "payants" : on lance son navigateur et la page d'accueil reste infranchissable tant qu'on ne s'est pas abonné par paiement paypal ou en utilisant sa carte bleue.
  • La captation du wifi varie souvent d'un appareil à l'autre. Qu'on choisisse l'ordinateur le plus performant du groupe ou qu'on utilise exceptionnellement une clé wifi et des rallonges USB pour l'installer sur la fenêtre ou le balcon, en hauteur, etc... pourquoi ne pas partager ainsi la meilleure réception?
Dans ces 3 cas et bien d'autres, l' ordinateur  en Windows (à partir de Seven) qui a la meilleure réception pourra se transformer en hotspot wifi pour ses voisins, tout en laissant son utilisateur continuer ses tâches. Connectify est l'un de ces programmes innovants. En l'installant sur le pc seven qui capte le mieux ou possède l'abonnement wifi,  les smartphones, consoles de jeu wifi,  PSP ou autres ordinateurs mac ou pc pourront se connecter à lui en wifi protégé WPA2-PSK.

A noter :
  • Le pc recepteur-emetteur doit être sous Seven. Vista (sp2) semble supporté également et certains assurent l'utiliser sous XP (non vérifié pour l'instant)
  • Le pc recepteur/emetteur  peut recevoir la connexion internet en wifi  ou par cable lan... Connectify pro (payant) permettra aussi d'utiliser une clé 3G pour l'ordinateur source.
  • Prendre soin de demander le version "Lite" pour éviter la version payante. On décochera aussi l'installation d’éventuelles "toolbar" qui squattent nos navigateurs.
  • Evidemment, Connectify ne fera pas mieux que le wifi souscrit d'origine et on se rappellera qu'il sera ensuite partagé : si la lecture par chacun de ses mails ne posera pas de problèmes, difficile d'imaginer un jeu en ligne et du téléchargement de films...
  • Connectify permet aussi de surveiller l'utilisation des connectés... Voir ici les différences entre Lite (gratuit) et Pro (payant)
  • Situé dans une zone de bonne captation wifi, le PC équipé de Connectify permet aussi de répéter ainsi le signal wifi plus loin. On peut donc l'utiliser en répétiteur wifi.

Les téléchargements :



La version au 23 mai 2012 : 3.4.0.23678          Taille :  6.24 Mo   
Configuration minimale :  Windows 7 et  Carte WiFi         Licence : Gratuit
Date de sortie :    08/05/2012                  Langue :  Anglais

Alternative : 
pour utiliser et partager la  3G  en wifi , mieux vaudra se rabattre sur les programmes utilisables sur les smartphones :
Le smartphone se connectera ainsi en 3G et se transformera en hotspot wifi.
La video



Ce site ne tire aucun avantage ou bénéfice de ses articles, ses choix, etc... Sans Publicité.

lundi 21 mai 2012

Orientalisme et Orientalistes

Un goût pour les sujets orientaux, au XIXeme siècle surtout.
Quelques originaux visibles au Musée d'Orsay (Paris).
Un clic pour profiter de la vue...















--------------- référence des artistes : voir nom des reproductions --------------------


L'enfant allemand- Camilla LACKBERG - Roman

Choisir un titre n'est pas chose aisée et le traduire, pas plus facile. 
Il arrive que les traducteurs en disent trop sur l'intrigue (ou même sa solution) en imaginant un titre français.
"L'enfant allemand " est un joli titre qui donne tout simplement la solution de la principale énigme abordée dans le roman de Camilla Lackberg.
Idiot? Pourtant le traducteur n'est pour rien dans ce choix étrange. Le titre original est "tyskungen" qui, tous les suédois vous le diront, signifie  "enfant allemand" en français. Lackberg nous donne donc la solution de son intrigue dès le titre car, comme une partie de l'action se déroule pendant la guerre de 39-45 chez des suédois qui se connaissent tous et qu'arrive un réfugié, seul inconnu de l'équation, pas besoin de comprendre la physique quantique pour savoir qui sera le père de l'enfant allemand. Bon, d'accord, il reste un léger coup de théâtre dans les 5 dernières pages mais qui ne concerne, à mon avis,  que la périphérie de l'énigme.
Note : en anglais et en allemand, les traducteurs ont préféré :  "l'enfant caché" .

Alors, de quoi va donc pouvoir nous entretenir Camilla Lackberg pendant 450 pages? Quel est donc son objectif?

Il me semble que l'auteure s'est vraiment éclatée à relater une chronique des vies de familles suédoises du moment. Et elles ne sont guère différentes de celles qu'on connait en France, si l'on excepte l'effet amplificateur du passage à l'écrit.
En plus des quatre amis suédois de 1939-1945 rejoints par un bel inconnu de natioanlité norvégienne (mais l'est il vraiment?), d'autres intrigues font ainsi  l'essence du bouquin (environ 90% du texte) :
  • Un commissaire bougon va recueillir un chien abandonné et redécouvrir l'amour en dansant la salsa avec une quinquagénaire qui se révèlera la mère de la copine (lesbienne) et enceinte de la nouvelle inspectrice qui travaille avec lui.
  • Il y a une famille troublée dont le grand père est raciste (méchant)et dirige un parti d’extrême droite (hou!!!) , le père est journaliste démocrate (gentil), sa femme alcoolique (victime) et le fils adorateur du papy facho. Comment vont-ils s'en sortir?
  • Une auteure de romans ( quelle surprise!) et son flic de mari  viennent d'avoir un bébé : elle travaille sur son livre en se bourrant de sucreries pendant qu'il prend un congé-paternité. Arrivera-t-il à s'occuper de l'enfant sans aide féminine? Réussira-t-elle à se concentrer sur son livre et cette faim de sucrerie ne cache-t-elle pas quelque chose? Suspens... 
  • L'ex femme du jeune papa réapparait : ma malheureuse arrivera-t-elle à remettre la main sur son ex bien qu'il l'ait surprise au lit avec son amant?
  • La jeune soeur de l'auteure de roman arrivera -t-elle à faire cohabiter ses 2 enfants d'un premier mariage avec la fille adolescente de son nouveau mari qui hurle en revant à la maison et s'enferme dans sa chambre en mettant la musique à fond?
A la fin, la plupart des femmes accouchent ou sont enceintes ( à l'encontre de toutes les statistiques officielles) ce qui fait beaucoup de bébés, de couches à changer si on inclut le fameux "enfant allemand" né soixante ans plus tôt. Quant aux hommes, ils filent doux devant l'intelligence et la sagacité féminine.

Côté enquête policière, on remarque que :
  • les policiers oublient tous leur cellulaire dans la voiture avant de se retrouver enfermés, 
  • on ne vérifie ni les voyages aériens des suspects, ni leurs mouvements bancaires.
  • on se chamaille au commissariat pour avoir les biscuits fourrés et on se les roule pendant 2 mois avant de faxer à des collègues une photo  qui pourrait servir. 
Verdict :  Dommage qu'il n'y ait pas d' intrigue policière pour justifier la couverture et la collection. Mais tous ces gens sont bien sympathiques...On évoque beaucoup un journal personnel ancien qui aurait traversé notre époque : malheureusement, Camilla Lackberg ne nous le laissera pas lire, préférant des points de vue divers sur les états d'âmes des différents acteurs qui interviennent sans arrêt suivant un principe maintes fois utilisé dans les romans récents.

    Ils aiment ce roman :  http://www.babelio.com/livres/Lckberg-LEnfant-allemand/228899/critiques
    Le portrait de l'auteur par son éditeur : http://www.actes-sud.fr/contributeurs/laeckberg-camilla-0

    Auteur Camilla Läckberg
    Traduction Lena Grumbach
    Editeur Actes sud
    Date de parution 02/01/2011
    Collection Actes Noirs
    ISBN 2742794670
    disponible en bibliothèques de prêt. 
    lecture plus intéressante en famille avec des adolescents.

      jeudi 17 mai 2012

      Les secrets

      L'expérience lui avait prouvé que, si l'on soupçonnait l'existence d'un secret, l'approche idéale consistait à déterminer qui connaissait ce secret et à demander à cette personne de vous le confier. Cela fonctionnait presque à tous les coups. 
      Ce qu'il y avait de particulier avec les secrets, c'était qu'ils exigeaient d'être répétés, ils se montraient insistants, vous démangeaient la langue si vous les gardiez trop longtemps. Il en allait ainsi, du moins, pour la plupart des gens. 
      Mma Ramotswe, quant à elle, savait garder un secret si celui-ci devait être tu. 

      In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith 2007

      jeudi 10 mai 2012

      Hommes et Femmes

      Aimer, c'est essentiellement 
      vouloir être aimé.                               Jacques Lacan


      L'histoire de Boitelo lui était familière, du moins dans la mesure où elle suivait un schéma qu'elle avait très souvent rencon­tré. Tout commençait bien et soudain... soudain, on croisait quelqu'un et rien n'était plus comme avant. 
      Elle avait elle-même vécu cela, avec son premier mari, Note Mokoti, joueur de jazz et homme à fem­mes, qui l'avait fait passer, en l'espace d'une brève période, d'un monde de joie et d'optimisme à un uni­vers de souffrance et de peur. De telles personnes - des hommes comme Note - traversaient l'existence en propageant le désespoir autour d'eux, tels des her­bicides tuant les fleurs et toutes ces belles choses qui poussaient dans la vie des gens et qu'ils desséchaient par leur malveillance et leur mépris.
      À peine sortie de l'enfance, elle avait été trop naïve pour soupçonner le mal chez autrui. 
      Les jeunes, pensait Mma Ramotswe, croient que les gens sont bons. Ils ne se doutent pas que certaines personnes de leur entourage, des gens de leur âge, peuvent être malfaisantes et sans valeur. Et puis, soudain, ils le découvrent, ils voient de quoi ces autres sont capa­bles, à quel point ils peuvent se montrer égoïstes, insensibles dans leurs actes. Cette découverte est par­fois douloureuse, comme dans son cas à elle, mais il importe de la faire. 
      Bien sûr, cela ne signifiait pas qu'il faille se réfugier dans le cynisme ; bien sûr que non. Mma Ramotswe avait appris à être réaliste face aux gens, ce qui ne voulait pas dire que l'on ne pût  déceler du bon chez la plupart d'entre eux, même si ce côté positif était obscurci par le reste. Avec de la persévérance, si l'on donnait aux individus une chance de montrer leurs bons côtés et - c'était impor­tant - si l'on était prêt à leur pardonner, ils pouvaient manifester une remarquable aptitude à modifier comportement
      Bien sûr, il y avait l'exception de Note Mokoti. Celui-ci ne changerait jamais, bien qu'elle lui eût pardonné, la dernière fois, lorsqu'il était venu la voir et lui avait réclamé de l'argent. Il avait montré que son cœur, en dépit de tout, restait plus dur que jamais.

      In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith

      Démocratie, Agences de Notation, Mondialisation

       Nos démocraties vont elles disparaitre en se couchant devant les agences de notations économiques, les obligations qu'on nous impose au nom de la mondialisation? 

      Les données chiffrées sont elles objectives et doivent elles devenir notre seule évaluation personnelle et nationale?

      Trois invités de Mediapart alertent et font des proposition dans un texte qui, je l'espère, fera date. 

      Alain Lacour

       

      De quoi la mondialisation est-elle le nom ? 

      Source : mediapart  Article    03 Septembre 2011 Par Les invités de Mediapart    Edition : Les invités de Mediapart


      titres et  présentation : alain lacour 

      Une guerre d'indépendance pacifique contre la colonisation financière de l'existence

      Alors que le président de la République s'apprête à proposer, avec la «règle d'or» une nouvelle défaite du politique subordonnée à la gestion comptable des affaires publiques, André Bellon (1), Roland Gori (2) et Philippe Petit (3) en appellent à une pacifique «guerre d'indépendance par rapport à la colonisation par le capitalisme financier de tous les champs de l'existence, bien au-delà du champ de l'économie.»


       Une exigence de dignité professionnelle face aux réformes de performance ou de rentabilité

       
      Au cours de ces dernières années, de nombreux collectifs, professionnels, citoyens, ont manifesté leur colère et leur chagrin face aux conséquences désastreuses des réformes gouvernementales actuelles entreprises au nom de la rationalité comptable et de la logique de performance. 
      Ces professionnels exigent de retrouver leur dignité dans la pratique de leurs métiers mise à mal par les valeurs néolibérales et les dispositifs d'évaluation généralisée. 

      La LOLF, la RGPP, les conséquences du Traité de Lisbonne, conduisent non seulement à une recomposition des conditions matérielles de l'exercice des métiers, au démantèlement des services publics par la restriction budgétaire, mais encore à une transformation symbolique de leurs missions d'utilité publique en prestations de services rendus, tarifés sur le modèle des entreprises commerciales ou industrielles. 

       Le refus de considérer tous nos services comme des marchandises tarifées.
       
      Il s'agit dans tous les cas d'inciter par tous les moyens matériels et symboliques à ce que les professionnels du soin, de l'éducation, de la recherche, du travail social, de la justice, de la police, de l'information, de la culture, ne puissent pas penser leurs actes autrement que sur le modèle de la marchandise, du produit financier et des services tarifés[4]

       L'humain n'est pas un capital ni une ressource
       
      Cette injonction à devoir concevoir les actes professionnels sur le seul modèle de la pensée néolibérale, de ses catégories symboliques et matérielles, participe à une véritable civilisation des mœurs au sein de laquelle l'humain se réduit à un « capital [5] », un stock de ressources qui à l'instar de la nature doit être exploitée à l'infini.

      Les coupes budgétaires dont les services de l'État sont préférentiellement l'objet en transforment la nature, sa structure et ses missions.
      Les nouvelles formes de l'évaluation des pratiques professionnelles constituent le versant symbolique de cette transformation et se voient depuis le début des années 1990 de plus en plus confiées à des cabinets d'audit privés, et plus récemment à des agences d'évaluation construites sur le même modèle.

       Le refus d'être uniquement évalué en terme de rentabilité financière
       
      Cette « nouvelle manière de donner des ordres[6] » par l'expertise est le corollaire obligé des coupes budgétaires, elle en est l'équivalent symbolique. Cette normalisation des pratiques propres aux sociétés de contrôle et de défiance d'allure démocratique, tend à transformer les professionnels en outils d'un pouvoir politique qui traite l'humain en instrument, en « segment technique » comme disait Jaurès.

      Cette civilisation des mœurs n'est pas propre à la France, initiée d'abord dans les années 1980 dans le monde anglo-saxon, cette « nouvelle culture du capitalisme financier » s'est globalisée. Là est le véritable problème.

       Le refus d’accepter la déshumanisation imposée au nom de la "mondialisation"
       
      On ne saurait aujourd'hui combattre cette normalisation néolibérale des pratiques et des mœurs sans prendre la mesure que c'est bien sur la scène de la mondialisation qu'elle se joue et dont elle prétend tirer sa légitimité.
      C'est encore une fois de la globalisation d'une certaine culture et d'une certaine vision du monde que s'autorisent et se légitiment aujourd'hui les abus de pouvoir qui ne permettent pas à un citoyen ou à un peuple  de se concevoir autrement que comme « un homme économique ». Que ce soit le classement de Shangai, l'évaluation des agences de notations financières, les Recherches et Perspectives du Fonds Monétaire International ou les Agences Nationales d'évaluation de la santé, de l'enseignement ou de la recherche, ils procèdent tous de cette croyance délirante dans les chiffres dont la pratique permet une soumission sociale librement consentie.

       Les audits chiffrés sont orientés vers le modèle néolibéral et donc biaisés
       
      Les biais méthodologiques de ces activités de contrôle et d'évaluation ont été à plusieurs reprises amplement mis en évidence[7].
      Mais rien ne change.
      Rien ne change car c'est au niveau international que le néolibéralisme a besoin d'une vision métaphysique du monde lui permettant de chosifier les hommes et de les transformer en marchandises et en produits financiers.

       La mondialisation néo-libérale tente de se faire passer pour universelle
      Qu'on l'appelle « théodicée[8] » ou « rationalité [9]», cette conception néolibérale du monde est la « religion du marché [10]» nécessaire à la soumission des peuples et à la massification de leur consommation.
      D'où l'illusion selon laquelle, on ne saurait faire autrement que de devoir évaluer tout et n'importe quoi pour accroître la performance.
      On ne saurait disjoindre la culture de l'évaluation généralisée, ses dispositifs accréditant l'illusion d'une immaculée conception des chiffres, de leur évidence et de leur réalité naturelle, de cette financiarisation des activités humaines qu'accomplit la mondialisation.


      La mondialisation est le « système » qui exproprie aujourd'hui les citoyens de leur propre vie, organise leur servitude volontaire, homogénéise leurs particularismes, détruit les dialectes de leur culture, les convertit en monnaie abstraite et en unités comptables, pour mieux les faire circuler comme des marchandises et des capitaux.

       L'imposition de la mondialisation est totalitaire
      Face à un système que l'on ne saurait nommer autrement que « totalitaire » et « extrémiste » dont les intégrismes religieux en sont les « réactions », le débat sur la « démondialisation » [11] et la « définanciarisation » [12] est évidemment indispensable.
      Mais il ne peut être l'apanage de tel ou tel homme politique ou candidat dans l'actuelle règle du jeu.
      Les fondements d'un système qui nie la souveraineté populaire et les attributs de la citoyenneté doivent être préalablement contestés. Mouvement social et contestation de l'ordre sont consubstantiellement liés.

      Face à une technocratie d'expertise, à Gauche comme à Droite, technocratie qui déserte le champ des « souverainetés populaires » et le débat démocratique en abdiquant en faveur des exigences des marchés et des dispositifs symboliques qui les relaient, nous avons aujourd'hui l'occasion d'inciter le politique à faire retour dans le champ qui lui est spécifique.
      De quels moyens faut-il se doter pour se déprendre dans le périmètre qui est le sien de cette soumission aux diktats des marchés ?
      Comment mener, le plus pacifiquement du monde et avec un souci d'équité, une guerre d'indépendance par rapport à la colonisation par le capitalisme financier de tous les champs de l'existence, bien au-delà du champ de l'économie ?

      De notre point de vue, on ne saurait continuer à se mettre en pilotage automatique des chiffres, à situer le débat au seul niveau dit technique, en discutant à l'infini de la forme que doit prendre le tableau de bord, la couleur à donner aux aiguilles du compteur, la luminosité du cadran et les caractères des chiffres, alors que depuis 30 ans on ne regarde plus la route !

       Chaque politicien doit s'affirmer sur la Globalisation en dehors des politiques chiffrées et techniques
      Le politique qui prétendrait ne réduire son action qu'à la pure rationalité technique et gestionnaire a déjà adopté la langue et les valeurs du capitalisme financier, a déjà intériorisé ses normes et à l'instar de ces antillais dont parle Franz Fanon se situe dans la logique de « peaux noires et masques blancs ».

      Aucune solution politique ne saurait esquiver cette question préalable de la globalisation et de la manière de traiter des pathologies qu'elle induit en conservant les progrès qu'elle a pu permettre.

       La civilisation démocratique n'a pas encore perdu toutes ses batailles
      On ne saurait s'y tromper dans une culture du capitalisme financier globalisée, la technocratie - malgré les tourments de « la belle âme » qui déplore les injustices du monde - prépare les prochaines défaites de la civilisation démocratique lorsqu'elle en viendra à se résoudre, au nom du réalisme, à se convertir à nouveau aux valeurs néolibérales.
      Aujourd'hui, ce sont les marchés qui surveillent les États là où naguère les États surveillaient les marchés.

       Le débat démocratique devrait gouverner à la place des agences de notations économique
      Seul un débat démocratique qui restituerait au peuple sa souveraineté peut lui permettre de sortir de l'ornière technocratique et de son « rationalisme économique morbide[13] ».
      Faute de quoi, le seul débat se résume à discuter à l'infini, au millimètre près de la longueur du lit de Procuste sur lequel doit se coucher le peuple, ressassant indéfiniment des arguments divers et plus ou moins philanthropiques pour déterminer à quel niveau devrait au plus juste tomber le couperet de l'austérité, plutôt au-dessus du menton ou au-dessous de la pomme d'Adam...


       La politique seule peut encore sauver le citoyen de son futur annoncé de marchandise
      D'où le présent plaidoyer afin que, sans parti pris préalable, on puisse poser d'abord les questions fondamentales de la démondialisation et de la définanciarisation pour assurer le retour du politique et la reconnaissance de la spécificité de son champ.
      Aux sirènes du réalisme et du pragmatisme qui préparent aux futures mesures de résignation nous préférons l'invitation de Jaurès d' « atteindre le réel par l'idéal ».
      Comme le remarquait Bourdieu d'ailleurs, c'est encore défendre la Raison que de combattre les abus de pouvoir qui s'autorisent ou se justifient de son nom.
      C'est ce à quoi invite ce texte.

       N'est-ce pas suivre la voie de cet « esprit de Philadelphie[14] » qui inspira le 10 mai 1944 la première Déclaration des droits à vocation universelle, et ce avant même la victoire finale des Alliés, avant même que puissent être définies les conditions économiques de la reconstruction d'une Europe dévastée, établissant les principes à même de fonder un nouvel ordre international.
      Aux antipodes des logiques néolibérales des années 1980, de leur « révolution conservatrice », les principes proclamés dans la Déclaration de Philadelphie posent à la sortie d'une guerre monstrueuse, de ses violences impitoyables, de ses criminalités génocidaires, qu'il ne saurait y avoir de paix dans l'Europe et dans le monde sans devoir se préoccuper d'abord et avant tout de la justice sociale et de la protection de l'humanité dans l'homme dont les États deviennent les garants.


       Inscrire la règle d'or dans la constitution soumettra pour toujours la démocratie à l'économie
      L'invitation à inscrire la règle d'or dans la constitution se révèle comme la réplique la plus franche face à notre invitation à faire prévaloir la politique et le droit sur le technique de l'économie budgétaire et sa dépendance aux marchés financiers.
      Que les parlementaires la votent ou pas pourrait paraître bien secondaire si au passage le débat préalable qu'elle implique n'est pas ouvert.
      C'est là où la crise politique se révèle aussi comme une crise de la culture, de la façon dont une civilisation ordonne, hiérarchise et configure ses valeurs, sa manière de les vivre, son « folklore » disait Gramcsi.

       Inscrire une règle budgétaire dans la Loi qui garantit la légitimité des lois, c'est faire l'aveu d'une confusion entée la norme et la loi, c'est désacraliser la loi en la réduisant à une norme technico-économique, c'est déposséder le politique de toute initiative qui lui serait propre. Au moins les choses sont claires pour ceux qui seraient favorables à une telle proposition, ils se reconnaîtraient comme les gérants loyaux du capitalisme financier, comme les scribes de ses exigences. Ce serait un cran supplémentaire dans le lien de servitude du politique au financier. Si, par contre, l'opinion publique et les politiques ne se contentent pas de refuser cette désacralisation du champ constitutionnel, elles peuvent s'emparer de cette occasion pour retrouver la spécificité de leur logique et de leur analyse.

      Ces questions pour essentielles qu'elles soient sont évidemment difficiles et on ne saurait esquiver les problèmes qu'elles posent au moment où les valeurs humanistes prônent la « mondialité » (Edouard Glissant) et la construction sociale de l'Europe.
      Mais c'est justement parce qu'elles sont difficiles qu'on doit avoir le courage de les poser - sans y répondre précipitamment - pour construire un monde meilleur, une paix partagée « inter-nationalement[15] », auxquels contribueraient les Etats et non par la pure et simple dissolution de leurs structures de gouvernement.


       Par la punition des politiques économiques des états, la mondialisation offre les peuples aux spéculateurs
      Au moment où les pays ne partagent plus seulement les richesses mais aussi les « risques[16] », c'est sur les risques que prospèrent les spéculations et les spéculateurs.
      D'où l'extension des zones de non-droits sociaux au niveau international, qui loin de faire du monde un « village planétaire », fier de sa biodiversité culturelle, transforme en stock de ressources humaines dans lequel le capitalisme puise pour accroître le taux de rentabilité des placements financiers.
      Cette « civilisation d'usuriers » prend aujourd'hui en otages les Etats qu'elle met dans le même panier que les autres « précaires » qui luttent pour ne pas devenir « surnuméraires[17] ».

       Notre équilibre monétaire n'est pas notre seule identité culturelle
      Dès lors que l'on voudra bien admettre avec nous que si pas davantage une monnaie ne saurait fonder une identité culturelle, que si pas davantage une règle budgétaire ne saurait constituer une politique, il s'agit alors d'étudier au préalable de toute action les « territoires politiques » où elle peut aujourd'hui s'exercer, les moyens par lesquels nous émanciper de la tutelle des marchés et restaurer la souveraineté des peuples.
      Démondialiser ou définanciariser ne constituent pas une fin en soi, nourrissant cette peur de l'autre dont la droite extrême et l'extrême droite font leur fonds de commerce, mais le moyen par lequel rétablir une biodiversité culturelle et politique que menace l'homogénéisation abstraite et quantitative des marchés.
      « Vouloir un autre monde, c'est donc d'abord accepter et vouloir l'homme comme un être libre et comme un citoyen[18] ».

      C'est de ce point d'origine du débat dont il nous faut partir si nous voulons ensemble construire cette « humanité qui n'existe pas encore ou à peine » (Jaurès).
      Faute de quoi les prochaines échéances électorales signeraient une nouvelle défaite du politique, une nouvelle étape dans sa logique de résignation, sa contribution supplémentaire aux logiques de domination matérielle et symbolique d'une société malade de sa civilisation, dont les élections ne constitueraient que la part de spectacle qu'elle offre en divertissement autant qu'en désespoir à son peuple.

       La démocratie citoyenne doit passer avant les principes économiques quel que soit leur orientation
      C'est donc sans préjugés mais non sans passion que nous pensons que ces questions qui ont pris pour nom « démondialisation » et « définanciarisation » ne peuvent avoir de sens en dehors du préalable indispensable de la souveraineté populaire et de la reconstruction de la citoyenneté, fondements de toute démocratie.  

      [1] André Bellon, auteur de Pourquoi je ne suis pas altermondialiste, Paris : Les mille et Une Nuits, 2004.
      [2] Roland Gori, auteur de De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? Démocratie et subjectivité, Paris : Denoël, 2010.
      [3] Philippe Petit, auteur de La France qui souffre, Paris : Flammarion, 2008.
      [4] Cf Roland Gori, Barbara Cassin, Christian Laval (sous la dir.), L'Appel des appels. Pour une insurrection des consciences, Paris, Mille et une nuits, 2009.
      [5] Gary Becker, The Economic Approach to Human Behavior, Chicago, University of Chicago Press, 1978.
      [6] Alain Abelhauser, Roland Gori, Marie-Jean Sauret, La Folie évaluation, Paris : Mille et une nuits, 2011 (sous presse).
      [7] Sihem Souid, Jean-Marie Montali, Omerta dans la police, Paris : Le Cherche Midi, 2010 ; Pierre Rimbert, « Bonnet d'âne pour le FMI »,  Le Monde Diplomatique d'Août 2011 ; Yves Charles Zarka (sous la dir.), « L'idélogie de l'évaluation, la grande imposture », Cités, 2009, N° 37 ; Barbara Cassin, Google-moi, Paris, Albin Michel, 2007 ; Gilles Amado (sous la dir.), « La passion évaluative », Nouvelle revue de psychosociologie, 2008, N° 8. Roland Gori, De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? Démocratie et subjectivité, Paris : Denoël, 2010 ; Vincent De Gaulejac, Travail, les raisons de la colère, Paris : Le Seuil, 2011.
      [8] Pierre Bourdieu, Contre-feux,  Paris : éditions LIBER-RAISONS D'AGIR, 1998.
      [9] Pierre Dardot, Christian Laval, La nouvelle raison du monde, Paris, La Découverte, 2009.
      [10] Pier Paolo Pasolini, Ecrits corsaires (1975), Paris : Flammarion, 1976.
      [11] Arnaud Montebourg, Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation ! Paris, Flammarion, 2011.
      op. cit.
      [12] Pierre Laurent, Le nouveau pari communiste, Paris : Le Cherche Midi, 2011.
      [13] Roland Gori, 2010, op. cit.
      [14] Alain Supiot, L'Esprit de Philadelphie, Paris : Seuil, 2010.
      [15] Frédéric Lordon, « La démondialisation et ses ennemis », Le Monde Diplomatique d'Août 2011.
      [16] Ulrich Beck, La société du risque (1986), Paris, Flammarion, 2001.
      [17] Robert Castel, La montée des incertitudes, Paris, Seuil, 2009.
      [18] André Bellon, Pourquoi je ne suis pas altermondialiste, Paris, Les mille et Une Nuits, 2004.

      titres et  présentation : alain lacour 2011

      Les économistes connus sont-ils indépendants quand il donnent leur avis éc


      1.  Qui sont ces gens qui nous expliquent l'économie française et mondiale?

      2. Selon Hervé Mauduit, nos pédagogues des médias prêchent pour leur chapelle.

      3. La seule économie depuis 10 ans, c'est l'économie libérale

      4. L'Interview d' Hervé Mauduit. et la défense de Jean Hervé Lorenzi (audio) 14min.(france inter 2012 04 19)

      5. Hervé Nathan, de Marianne, commente le bouquin de Mauduit.

      6. Le livre et l'article de l'Express et les bonus.







      1.Qui sont ces gens qui nous expliquent l'économie française et mondiale?

      L'année dernière, je tentais de faire un bilan de l'offre de l'information qui nous était offerte par les chaînes gratuites de la TNT française et regrettais l'unicité des points de vue.

      Mais qu'en est-il, sur ces mêmes canaux privés ou publics,  de ces invités savants des talk shows ou




      Patrick Artus


      journaux télévisés qui viennent aimablement et souvent gratuitement  faire comprendre aux téléspectateurs les mécanismes de l'économie (dont cette fameuse impossibilité de sortir du sage modèle actuel et cette nécessité absolue de passer par la fameuse règle d'or)?

      Peut-on  les contredire, ces professeurs et spécialistes, alors qu'ils savent de quoi ils parlent et qu'ils nous expliquent tout, en toute objectivité et sur un ton raisonnable.
      "Il est évident que"...est malheureusement utilisé par eux pour étayer un point de vue discutable. 


      Mais ces professeurs sont-ils vraiment objectifs quand ils parlent technique économique, auto-régulation des marchés, impossibilité de sortir de l'euro ou impératif de copier l'économie allemande?

       La technique, ça a une opinion?

      Savons-nous qui emploie et/ou rémunère ces parangons de professionnalisme? 

      Pourraient-ils rester objectif et mordre la main qui les nourrit en prônant une autre voie économique que celle de leur employeur?  Poser la question, c'est y répondre : qui cracherait dans sa propre soupe?



      2.Selon Hervé Mauduit, nos pédagogues des médias prêchent pour leur chapelle.
      Laurent Mauduit  publie un livre "Les imposteurs de l'économie" dans lequel il nomme nos grands économistes et énumère leurs différentes casquettes qui semblent influencer tellement  leur point de vue,( un peu comme un anticonformiste satirique se transforme en pisse-froid en prenant la direction d'un média à remettre dans le droit chemin, par exemple).
      Et que penser de ceux qui sont professeurs dans le service public et cumulent dans un conseil d'administration d'entreprise au mépris de la loi?


      Laurent Mauduit écrit sur son blog : "


      Si j’ai jugé utile de mener ce travail, c’est pour une première raison : ces derniers mois, j’ai été frappé de constater que dans de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis, les économistes les plus médiatisés ont parfois été critiqués. 

      Mais pas en France, ou quasiment pas.

       Et cette différence de traitement, j’ai voulu chercher à en percer le mystère.

      De fait, nul vrai débat ni réelle polémique en France. 

      Malgré la violence de la crise, malgré le cortège de souffrances sociales qu’elle a généré, quelques économistes parmi les plus médiatisés, ceux qui courent micros et plateaux de télévision, ont juste été moqués, de proche en proche, pour leur manque de discernement ou de clairvoyance. 

      Dans les magazines, on a donc vu fleurir, ici ou là, le bêtisier de la crise. On en connaît les héros, puisque tous les économistes connus, ou presque, ont été épinglés. De l’économiste de la banque Natixis Patrick Artus (« La crise est finie ») jusqu’à l’économiste de l’Ecole normale supérieure Daniel Cohen (« La bonne nouvelle c'est que cela ne durera pas plus longtemps »), en passant par l’entremetteur du capitalisme parisien Alain Minc (la crise est « grotesquement psychologique ») ou encore l’économiste Anton Brender (« Les paniques bancaires à l’ancienne ont disparu grâce au dispositif d’assurance des dépôts mis en place pour permettre de les éviter »).




      Elie Cohen


      Mais ces inepties proférées par les économistes français les plus connus ne les ont (pas) condamnés à une abstinence médiatique, même courte: depuis que la crise a commencé, ce sont donc toujours les mêmes experts, même ceux qui se sont le plus gravement trompés, que l’on entend perpétuellement sur toutes les ondes de radio et dans toutes les émissions de télévision."

      in (http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-mauduit/260312/les-imposteurs-de-l-economie)




      Quid de l' offre variée et de l'information sur les chaînes de la TNT françaises?


      3. La seule économie depuis 10 ans, c'est l'économie libérale.

      En tout cas, on comprend mieux cette uniformité de pensée, ce consensus sur la mondialisation, le libéralisme, et le rejet de toute théorie alternative.


      Raison de plus pour déplorer qu'on ne mentionne pas cette ambivalence lorsqu'ils sont invités en télévision, où il est pourtant enfantin d'afficher des menus défilants. Et qu'on ne croit pas que les médias publics ont échappé au phénomène : manque de moyens et donc abondance de talk-shows, direction des chînes entièrement dévouées aux causes présidentielles, moquerie des présentateurs envers les théories dissidentes ou au contraire défense pointilleuse de leur déontologie à la moindre remarque, on pourrait souhaiter autant d'exigence dans les recherches sur les profils des invités...




      marc fiorentino
      AL


      4. Interview d' Hervé Mauduit. (audio) 14min.



      Ecouter ''émission de France Inter http://www.franceinter.fr/emission-on-n-arrete-pas-l-eco-l-invite-laurent-mauduit-pour-les-imposteurs-de-l-economie-comment-il  et la réécoute :



      (interview entre la 30eme et la 45eme minute, incluant une réponse de Jean Hervé lorenzi, mis en cause dans le livre.




      5. Le commentaire de hervé nathan, de Marianne

      Hervé Nathan, de Marianne, se fait également l'écho du bouquin de Mauduit et je le cite ci dessous.


      Une enquête de Laurent Mauduit, « Les imposteurs de l’économie », revient sur les pratiques parallèles des spécialistes très médiatisés qui expliquent au « vulgum pecus » les rouages du libéralisme.




      jean paul Fitoussi
      (Laurent Mauduit - BALTEL/SIPA)
      Disons le tout net : ce livre va remuer bien des passions dans le petit monde des économistes, tant il met en cause les vedettes de la profession. La contestation de la place et du rôle des « économistesmédiatiques » n’est pas tout à fait nouvelle. Elle date en fait du début de la crise des subprimes. Le public l’a découverte avec le succès de deux documentaires « Inside job » pour les Etats-Unis et « Les Nouveaux chiens de garde » en France. Mais là où le documentariste s’en tient à une dénonciation de principe, drôle mais pas forcément convaincante, Laurent Mauduit, journaliste à



      Mediapart, est allé chercher lesinformations qui étayent le propos.



      Ainsi les « Imposteurs » nous content par le menu ce que sont les onéreux «  ménages » et les fructueux « à-côtés » de la vingtaine « d’experts » qui tournent en boucle sur les écrans et distillent le prêt-à-penser du néo-libéralisme. L’auteur nous emmène dans un monde de conflits d’intérêts auprès duquel l’industriepharmaceutique semble d’une transparence aveuglante. Aucune de nos vedettes cathodiques, ou presque, n’échappe à au coup d’étrille. (De) 

      • Marc Fiorentino, condamné par l’Autorité des marchés financiers pour sa société Euroland Finance,

      • Elie Cohen qui gagne deux fois plus en siégeant dans les conseils d’administration qu’avec son métier d’enseignant,

      • Patrick Artus, grand amateur lui aussi du cumul des rémunérations.


        Michel Aglietta

      • Jean-Paul Fitoussi pratique les « ménages », 

      • Michel Aglietta conseille Groupama Assurances, 

      • Daniel Cohen l’imite chez Lazard, etc.

      Tous ces personnages ont pour point commun d’être les conseilleurs des princes, les arbitres médiatiques de la bien-pensance en économie, et de soigner, à des degrés divers, leurs portefeuilles. 


      Quelques-uns dominent ce cercle de la déraison : 
      • Alain Minc, 

      • Jacques Attali ou 

      • Jean-Hervé Lorenzi, pilier de la banque Rotschild et président du Club des économistes, extraordinaire réseau d’influence des intellectuels de la finance.(Note : selon Mauduit, Jean Hervé Lorenzi soutenait Segolène Royale en 2005 en établissant le programme économique de campagne de Nicolas Sarkozy. Il soutient françois Hollande en 2012. cf interview)

      Le plus sidérant, si l’on ose dire, est qu’une bonne partie de ce personnel s’est mise à disposition du candidat socialiste François Hollande et fait partie de son cercle de conseillers.



      L’exercice
      (de Laurent Mauduit) ressemble à la stratégie Dracula : mettre en pleine lumière ce qui est caché. 
      Est-ce suffisant pour délégitimer les « imposteurs » ? Hélas, ou heureusement, non, et Laurent Mauduit en convient à demi-mot. Il ne suffit pas de dénoncer la collusion d’un Patrick Artus ou d’un Daniel Cohen avec les « forces de l’argent », pour abattre leurs travaux. Même en économie le déterminisme a ses limites humaines. Et le libéralisme ne se combat pas seulement en braquant un projecteur, salutaire et nécessaire, sur les comptes en banques.

      Reste à savoir qui a placé tout ce beau monde sur un piédestal : il n’est pas indifférent à la réflexion d’apprendre que l’auteur reconnaît non sans honnêteté avoir lui-même joué un rôle dans cette entreprise, en ouvrant les colonnes de Libération, puis du Monde à certains d’entre eux. Comme quoi la collusion peut parfois se nicher en chacun de nous. 


      6.Le livre , l'article de l'Express, et les bonus des archives

        Les imposteurs de l’économie,
      de Laurent Mauduit, J.-C. Gawsewitch, 320 p., 19,90 €. 
      http://www.marianne2.fr/Les-imposteurs-de-l-economie-bouscule-les-economistes-mediatiques_a216912.html?TOKEN_RETURN



      L'article de l'Express :

      http://www.lexpress.fr/actualite/economie/laurent-mauduit-epingle-les-economistes_1099023.html 







      BONUS 



      Une université (Paris Dauphine) dont les chaires sont financées par des banques doit-elle s'appeller "Sciences économiques" ou " Sciences du Libéralisme Economique" car un ancien patron de banque (écouter l'interview) peut-il donner une vision exhaustive aux inscrits? 

      Voici la liste des chaires de la fondation dauphine, à l'université : http://www.fondation.dauphine.fr/nos-chaires/














       http://www.elie-cohen.eu/article.php3?id_article=64





       

      Argent, Education et Respect

          C'était une Jour­née propice, dernier vendredi du mois, jour de paie pour beaucoup, le terme d'une période de besoin qui survenait invariablement en fin de mois, quelle que fût l'attention attachée aux dépenses les vingt-cinq jours précédents. Les apprentis en étaient une bonne illustra­tion. 
      Lorsqu'ils avaient commencé à travailler au Tlok­weng Road Speedy Motors, Mr. J.L.B. Matekoni les avait mis en garde : il convenait de gérer ses ressour­ces avec méticulosité. Il était tentant, avait-il reconnu, d'imaginer que l'on pouvait dépenser l'argent à l'ins­tant même où il parvenait entre vos mains.
      - C'est très dangereux, avait-il expliqué. Beau­coup de gens ont le ventre plein les quinze premiers jours du mois, tandis que leur estomac crie famine les deux dernières semaines.
      Charlie, l'aîné des apprentis, avait échangé un regard entendu avec son jeune collègue.
      - Ça fait vingt-neuf jours, avait-il déclaré. Et les deux autres, patron ?
      Mr. J.L.B. Matekoni avait soupiré, mais ne s'était pas départi de son calme.
      - Ce n'est pas le problème, avait-il répondu.
      Il serait aisé de perdre son sang-froid avec ces gar­çons, il le constatait, mais il fallait s'en garder. Il était leur maître d'apprentissage, ce qui signifiait qu'il devait se montrer patient. L'on ne parvenait à rien en s'énervant avec les jeunes. Se mettre en colère contre un jeune, c'était comme crier sur un animal sauvage : cela le faisait fuir.
      - Ce qu'il faut faire, avait donc poursuivi Mr.J.L.B. Matekoni, c'est déterminer la somme dont vous avez besoin chaque semaine. Ensuite, vous dépo­sez tout votre argent à la poste, ou dans n'importe quel lieu sûr, et vous le retirez une fois par semaine.
      Charlie avait souri.
      - On peut toujours prendre un crédit, avait-il lancé. On peut acheter plein de choses à crédit. C'est moins cher.
      Mr. J.L.B. Matekoni avait contemplé le jeune homme.
      Par doit-on commencer ? s'était-il demandé. Comment fait-on pour combler les lacunes d'un jeune ? Il y avait tant d'ignorance en ce monde , d'innombrables hectares d'ignorance semblables à des zones d'obscurité sur une carte géographique. La com­battre revenait aux enseignants et c'était pourquoi ces derniers étaient si respectés au Botswana... Du moins l'étaient-ils jadis. Mr. J.L.B. Matekoni avait remarqué, depuis quelque temps, les gens, même jeunes, estimaient que les enseignants étaient des individus comme les autres. Mais pouvait-on apprendre quoi que ce fût si l'on ne respectait pas son professeur ? Respecter quelqu'un, c'était accepter de l'écouter et de tirer les enseignements de ses paroles. Les jeunes gens comme Charlie, pensait Mr. J.L.B. Matekoni, croyaient déjà tout savoir. Eh bien, soit ! Il tenterait, lui, de leur inculquer certaines choses en dépit de leur arrogance. 

      ________________________________________________________

      Grace Makutsi et Mma Ramotswe n'ignoraient rien des fins de mois difficiles. 
      Sur le plan financier, Mma Ramotswe avait toujours été nettement plus à l'aise que la moyenne, grâce au talent du défunt Obed Ramotswe (son père) pour repérer le beau bétail, mais elle savait la nécessité de comptabiliser chaque sou, lot quotidien de ceux qui l'entouraient.  
      Rose, par exemple, la femme de ménage de la maison de Zebra Drive, n'avait pas le choix. Elle avait beaucoup d'enfants - Mma Ramotswe ignorait combien exactement - et ces enfants savaient ce que signifiait aller au lit le ventre creux, en dépit des efforts de leur mère. L'un d'eux, un petit garçon, peinait en outre à respirer, de sorte qu'il lui fallait des inhalateurs. Ceux-ci coûtaient cher, même avec l'aide de l'hôpital public. 
      Et il y avait aussi Mma Makutsi elle-même, qui avait dû subvenir seule à ses besoins durant ses études à l'Institut de secrétariat du Botswana. Tous les jours, à l'aube, avant les cours, elle allait faire le ménage dans un hôtel. Cela n'avait pas dû être facile de se lever à quatre heures du matin, même l'hiver, lorsque les cieux étaient violemment vides (c'était ainsi qu'elle-même formulait les choses) du fait du froid, et le sol, dur sous les pieds. Toutefois, elle avait fait attention, économisé chaque thebe gagné et à présent, enfin, elle jouissait d'un certain niveau de confort avec sa maison (ou plutôt, sa moitié de maison, pour être précis), ses chaussures vertes à doublure bleu ciel et, bien sûr, son nouveau fiancé...


      In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith 2007