jeudi 13 décembre 2012

Hommes et Femmes

Aimer, c'est essentiellement 
vouloir être aimé.                               Jacques Lacan


L'histoire de Boitelo lui était familière, du moins dans la mesure où elle suivait un schéma qu'elle avait très souvent rencon­tré. Tout commençait bien et soudain... soudain, on croisait quelqu'un et rien n'était plus comme avant. 
Elle avait elle-même vécu cela, avec son premier mari, Note Mokoti, joueur de jazz et homme à fem­mes, qui l'avait fait passer, en l'espace d'une brève période, d'un monde de joie et d'optimisme à un uni­vers de souffrance et de peur. De telles personnes - des hommes comme Note - traversaient l'existence en propageant le désespoir autour d'eux, tels des her­bicides tuant les fleurs et toutes ces belles choses qui poussaient dans la vie des gens et qu'ils desséchaient par leur malveillance et leur mépris.
À peine sortie de l'enfance, elle avait été trop naïve pour soupçonner le mal chez autrui. 
Les jeunes, pensait Mma Ramotswe, croient que les gens sont bons. Ils ne se doutent pas que certaines personnes de leur entourage, des gens de leur âge, peuvent être malfaisantes et sans valeur. Et puis, soudain, ils le découvrent, ils voient de quoi ces autres sont capa­bles, à quel point ils peuvent se montrer égoïstes, insensibles dans leurs actes. Cette découverte est par­fois douloureuse, comme dans son cas à elle, mais il importe de la faire. 
Bien sûr, cela ne signifiait pas qu'il faille se réfugier dans le cynisme ; bien sûr que non. Mma Ramotswe avait appris à être réaliste face aux gens, ce qui ne voulait pas dire que l'on ne pût  déceler du bon chez la plupart d'entre eux, même si ce côté positif était obscurci par le reste. Avec de la persévérance, si l'on donnait aux individus une chance de montrer leurs bons côtés et - c'était impor­tant - si l'on était prêt à leur pardonner, ils pouvaient manifester une remarquable aptitude à modifier comportement
Bien sûr, il y avait l'exception de Note Mokoti. Celui-ci ne changerait jamais, bien qu'elle lui eût pardonné, la dernière fois, lorsqu'il était venu la voir et lui avait réclamé de l'argent. Il avait montré que son cœur, en dépit de tout, restait plus dur que jamais.

In : 1 cobra, 2 souliers et beaucoup d'ennuis, d' Alexander McCall Smith

mercredi 12 décembre 2012

Le Mauvais, YOSHIDA Schuichi, Roman

" C'est bien ce que tout le monde dit, non? Que c'est un homme mauvais?
Et ce mauvais homme, je l'ai aimé.Moi. C'est bien ça?"

Les parents ne peuvent pas se fier à ce qu'ils pensaient de leur fille aujourd'hui assassinée mais doivent-ils se rendre à l'évidence de ce que dépeignent témoins, amis, journalistes?
Pour une jeune employée de bureau, est-il plus important d'être désirée, aimée, emmenée en sorties ou que les copines croient qu'elle l'est et la jalousent?
Peut-on rencontrer le grand amour par internet ou sms?
Peut-on avouer qu'on a utilisé internet pour faire une rencontre alors que seul le hasard est reconnu fiable pour un amour?
Une étrange première relation sexuelle à peine consentie peut-elle mener à autre chose que honte, mauvaise estime de soi, détestation de l'autre...

En 2007, Suichi YOSHIDA dépeint des personnages de tous âges, tous à la merci de leur passé, leur société, leurs mensonges .  Certains sont plutôt mauvais, d'autres plutôt bons mais ce ne sont pas les mêmes selon l'angle de vue du lecteur, de la lectrice, des vieux ou des jeunes.
 
Leur passé que l'on découvre d'une traite ou au fil des pages.
Leurs mensonges omniprésents :  mensonges pour paraître, mensonges pour ridiculiser, mensonges pour effrayer, mensonges que l'on se fait soi-même.
Leur société prompte à juger, société qui donne par la télévision le point de vue à adopter, une société qui ne défend pas la personne fragile mais encense la réussite financière, une société qui dit qui est bon et qui est mauvais, qui a de la valeur et qui n'en a pas.

Comme en Europe, l'ignorance de qui sont vraiment nos proches, nos amis , nos parents nous conduit à juger facilement les actes d'autrui. Les mensonges entretiennent les illusions des conservateurs et la honte de ceux qui en diffèrent. Mais en mentant, les déviants contribuent à entretenir l'oppression qui les fait souffrir.

Commençant comme un récit policier quelconque si ce n'est qu'il se déroule au japon, Suichi YOSHIDA mène son bouquin sans faillir ni même céder à la tentation d’exagérer les astuces qui pourraient relier finalement tous les personnages comme c'est souvent la tendance aujourd'hui.
Il met en pièces par l'exemple les principes qui veulent qu'on ne couche pas le premier soir, que celui qui se tait est inintéressant, que la victime doit être sacralisée, que les japonais sont disciplinés même quand le gendarme n'est pas là ou qu'il est impossible de trouver la paix dans un pays à si forte densité.
Il arrivera même à éviter l’écueil d'une fin classique pour ce roman très noir mais parfois plein d'innocence et de fraicheur. Il nous balade de routes nationales en cols enneigés, de jeunes reclus en vieillards malades ou amoureux... Et nombre de personnages sortiront grandis, malgré tout, de leurs épreuves.

A didier
Alain Lacour


Fiche détaillée : Le mauvais  

Auteur Shuichi Yoshida
Traduction Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary
Editeur Philippe Picquier
Date de parution 06/10/2011
ISBN 2809702977
EAN 978-2809702972

Tous publics à partir de l'adolescence
Moins de 20 euros en magasins, disponible en prêt en bibliothèques.