samedi 8 octobre 2016

VOTER à la primaire de droite ( ou pas) si vous êtes de gauche?



Nombreux avaient été les jeunes de droite à voter aux primaires de gauche en 2012 avec un mot d'ordre : choisir Flanby Hollande face à Martine Aubry car Hollande n'aurait aucune chance d'être élu face à Sarkozy. On a vu le résultat .
Aujourd'hui, ce sont les gauchistes qui veulent s'inviter aux primaires de la droite dans l'idée de choisir un Juppé annoncé plus centriste que Sarkozy (ils ont la mémoire courte).
Alors y aller ou pas? le Nouvelobs a produit deux articles sur le Pour et le Contre de la demarche.

10 raisons simples de NE PAS VOTER à la primaire de droite si vous êtes de gauche

1             Sarkozy est déjà cuit

La primaire pour faire barrage à Sarkozy ? Rassurez-vous : l’effet "blast" de son lancement de campagne a fait pschitt. Englué dans les affaires, torpillé par ses anciens obligés (Buisson, Copé) et dézingué par ses rivaux à la primaire, Sarkozy a déjà reperdu, dans les sondages, le peu de terrain qu’il avait grignoté pendant l’été. Pour réussir son hold-up sur la primaire, il faudrait qu’il batte Juppé au second tour, le 27 novembre. Hors de portée. Le maire de Bordeaux bénéficiera des reports de voix des électeurs de Le Maire, Fillon, NKM et Copé…

2             Vous pourrez voter Juppé... le 7 mai 2017

Vous pensez que le prochain président sera issu de la droite et qu’il est de votre devoir de choisir le moins pire des Républicains dès le mois de novembre ? Colossale méprise !
Primo : un simple coup d’œil à ses propositions vous permettra de vérifier que Juppé n’est pas du tout un homme de gauche, ni même un centriste. Libéral en économie et conservateur sur les questions sociétales, l’ex-bras droit de Jacques Chirac n’a jamais brillé par son attention aux exclus, ni  par sa modernité.
Secundo : au pire, vous aurez toujours une occasion de voter pour lui… Au second tour de l’élection présidentielle, lorsque, selon toute vraisemblance, il devra affronter Marine Le Pen !

3  Sitôt qu’il sera à l’Elysée, vous détesterez Juppé !

Tous ceux qui, en 2002, ont voté pour Jacques Chirac en se pinçant le nez et en enfilant des gants en caoutchouc, vous le confirmeront : sitôt élu, Supermenteur est devenu l’homme à combattre. Avec Juppé, ce sera encore pire : méprisant, cassant, imbuvable, le maire de Bordeaux n’enverra pas le moindre signe à son électorat venu de la gauche. A ceux qui lui reprochent de ne pas être un marrant, il répond déjà : "Je les emmerde"… Tout un programme.  

4  Vous êtes un être rationnel

Soyez cohérent ! Voter pour Juppé à la primaire de la droite revient à lui donner de l’élan pour mieux écraser Hollande, Montebourg, Macron, Valls, Mélenchon… (Rayez les noms qui ne vous reviennent pas !). Pour avantager un candidat de gauche en participant à la primaire de la droite, il vous faut adopter la stratégie dite du "vote révolutionnaire", c’est-à-dire pratiquer la politique du pire et apporter votre voix à Sarkozy, le 20 et le 27 novembre. Gloups ! Dans ce cas, inutile de vous faire un tuto, c’est votre santé mentale qui serait en jeu.

5             Vous refusez cette méga-promo de la droite

Non seulement les 4 euros que vous devrez débourser pour participer aux deux tours de la primaire iront combler le déficit du parti Les Républicains, mais en plus vous verrez Laurent Wauquiez se féliciter à la télé d’un "incroyable succès populaire". C'est la plus grande opération de promo de la droite depuis La Manif pour tous : dites-non à cette mascarade ! Faites un bed-in… De toute façon, le temps est toujours moche les 20 et 27 novembre.

6    Voter n’est pas un passe-temps.

Vous croyez que la participation de la primaire est une extension de votre carte d’électeur ? Vous vous comportez comme un consommateur excité par la nouveauté ? Ou comme un  internaute de base qui veut donner son avis sur tout ? Mais la citoyenneté n’est pas un pass Navigo, ni un gadget, ni un "chat" ! Et si vous ne savez pas quoi faire les 20 et 27 novembre, bien d’autres activités civiques s’offrent à vous : vous pourrez donner un coup de main aux Restos du cœur, participer au nettoyage des berges de la Garonne, réviser l’histoire du XXe siècle avec vos enfants…

7  Vous ne voulez pas être "parjure".

"Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France." Pour participer à cette primaire, il vous faudra signer cette profession de foi. Avez-vous vraiment songé aux conséquences psychologiques d’un tel acte. Comme Raskolnikov, l’anti-héros de "Crime et châtiment", la culpabilité vous poursuivra éternellement jusqu’à la déportation en Sibérie…

8  La gauche n’est pas morte, la preuve vous êtes vivant !

Hollande vous a déçu ? Logique. Il en va toujours ainsi quand un homme normal prétend incarner des valeurs qui nous dépassent tous ! Pourquoi renoncer à vos idéaux sous prétexte que le président sortant n’a pas assuré. Qu’il ait été trop droitier ou insuffisamment réformateur à vos yeux ne doit pas vous jeter dans les bras du premier candidat LR venu. Réagissez ! La primaire de la "Belle alliance populaire", les 22 et 29 janvier 2017, vous offrira un choix plus conforme à votre ADN. Sans oublier la très probable candidature d’Emmanuel Macron, un compromis commode entre la droite et la gauche, idéal pour tous ceux qui doutent mais ne souhaitent pas virer à 180 degrés...

9  Vous voulez garder vos amis de droite

C’est avec légèreté que vous songez à la tête que fera votre ami(e) ou votre oncle réac’ quand vous leur apprendrez que vous avez voté NKM à la primaire de la droite… En vérité, vos éternels contradicteurs, au café ou lors des déjeuners de famille, en profiteront pour souligner votre inconséquence et prendront votre provocation pour un acte de conversion. Pour continuer d’exister à leurs yeux, ne faiblissez pas !

10Vous voulez continuer à faire la morale à la terre entière

Si être de gauche comporte un avantage, c’est bien de pouvoir sermonner tous ceux qui n’ont pas l’élégance d’âme élémentaire de souhaiter le bien de l’Humanité ! En résistant à la tentation de participer à la primaire de la droite et du centre, votre capital idéologique restera intact. Pas de tache sur votre CV de citoyen engagé. Imaginez-vous Danton, Jaurès, Blum, Mendès-France, Sartre ou Mandela versant 4 euros au parti de Nicolas Sarkozy ? Même pas en rêves !
 Sylvain Courage

10 raisons simples de VOTER à la primaire de droite si vous êtes de gauche

1             Le match Hollande-Sarko, c'est so 2012

 Tout sauf ce tandem infernal ! Les images des deux candidats sur fond rose du débat de l'entre-deux-tours et le "Moi président" de Hollande, sans cesse opposé depuis au chef de l'Etat pour dénoncer ses promesses non tenues, c'est du passé. On a bien compris que le duo de 2012 voulait se reconstituer en 2016. Ils ont même pris l'avion ensemble pour se rendre aux obsèques de Shimon Peres ! Mais cinq années se sont écoulées, la France a changé, vous avez vieilli. Alors non, vous ne voulez pas assister au match retour de deux héros fatigués. Et pour cela, il vous faut, dès novembre, choisir un troisième homme : Juppé. Ou une femme : Nathalie Kosciusko-Morizet.

2             Sarko-Le Pen au second tour ? Sérieusement ?

Une fois mais pas deux ! Quand il a fallu voter pour Jacques Chirac au second tour de la présidentielle de 2002 face à Jean-Marie Le Pen, vous l’avez fait. En traînant les pieds. Mais vous l'avez fait... Sauf que ça c’était avant ! C’était le temps où le candidat de la droite se posait en véritable rempart contre le FN. Les temps ont changé. Aujourd'hui, même Jean-Marie Le Pen trouve Nicolas Sarkozy plus à droite que sa propre fille !

3 Le monde va mal, vous devez agir

Vous êtes un citoyen français mais votre conscience politique et votre sens des responsabilités n’ont pas de frontières. Vous avez été terrifié quand Donald Trump a remporté l’investiture républicaine et vous êtes maintenant tétanisé à l’idée qu’il puisse prendre la tête de la première puissance mondiale. Vous vous sentez tout petit face à la montée inexorable des populismes en Europe. Alors quand vous entendez Nicolas Sarkozy jouer sur les mêmes cordes, vous vous sentez investi d’une mission : faire barrage à tout prix - 4 euros - et partout - dans le bureau de vote de votre circonscription, en l’occurrence.

 4  Votre grand-mère serait fière de vous

Vous aimez débattre ? Vous êtes le premier à donner votre avis (même quand on ne vous le demande pas) ? Toute votre enfance, vous avez entendu votre grand-mère vous raconter combien elle était heureuse de pouvoir voter la première fois ? Ne cherchez plus : la primaire est faite pour vous !

 5  Les « valeurs républicaines » appartiennent à tous

Bon d’accord, la charte entière indique : "Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France." Mais vous pouvez vous concentrer sur l’essentiel : les "valeurs républicaines" appartiennent à tout le monde ! Pour le reste, vous référer à la raison numéro 6.

6  Depuis quand faut-il lire avant de signer ?

Soyez honnêtes : combien de fois avez-vous cliqué sur "signer" en faisant dérouler le plus rapidement possible les dizaines de lignes que comportaient "les nouvelles conditions générales d’utilisation" ? Idem pour votre contrat de téléphone, la garantie de votre machine à laver, etc. Vous pouvez donc bien signer ce petit bout de papier, surtout si c’est pour la bonne cause !

 7  Le clivage gauche-droite ? Un truc de vieux

Dans un accès de sincérité incompréhensible et dans un documentaire diffusé lundi prochain sur France 3, Manuel Valls a dit : "NKM est de droite comme je suis de gauche." Même le Premier ministre ne sait plus trop où il en est. Emmanuel Macron se pose au-dessus du clivage droite-gauche. Et de leur côté, certains membres de l’UDI, le parti centriste allié aux Républicains, font les yeux doux à... Emmanuel Macron ! C’est dire si l’échiquier politique est sens dessus-dessous. Pour vous, le vrai clivage désormais est celui qui oppose les modérés aux extrêmes, les républicains aux populistes.

8  Ça énerve votre ami de droite, et vous adorez ça

"Tu devrais avoir honte !", "c’est un parjure", "tu as une drôle de vision de la démocratie, vraiment !" Vous allez en entendre des vertes et des pas mûres pour avoir osé vous aventurer dans cette primaire "ouverte" mais pas trop quand même ! Vous vous sentirez provocateur (rendez-vous à la raison numéro 10). Et vous pourrez répondre que justement, c’est une question de démocratie ! (Voir la raison numéro 3.)

9  Vous préférez oublier le discours du Bourget

La gauche est morte. Et vous le savez bien. François Hollande, premier président de gauche depuis François Mitterrand, est désormais le plus impopulaire de toute l'histoire de la Ve République. A moins d'un miracle, il n'a aucune chance de l'emporter à la présidentielle, voire d'atteindre le second tour. Plus jamais vous ne croirez un socialiste qui vous dit : "Mon adversaire, c'est le monde de la finance." Ce discours du Bourget, vous l'avez gardé en travers de la gorge.

10  Etre disruptif, c'est tellement chic

Disruptif, synonyme : perturbateur. C’est LE mot du moment ! France Inter y a même consacré une chronique. Je suis disruptif, tu es disruptif, nous sommes disruptifs. Pourquoi pas vous ?
Estelle Gross